Ahmedabad est un drôle de mélange entre langueur et énervement. Le matin, jusqu'en milieu de matinée, la ville est assez molle. Beaucoup de gens sont dans la rue, s'arrêtant pour prendre un tchaï (le thé local, un mélange de sucre, de lait, de gingembre et de thé), un poha (le petit-déjeuner classique) chez un vendeur de rue. Ils partent ensuite s'installer un peu plus loin, sur une bordure de trottoir ou la banquette d'une moto. Un peu plus loin, un vendeur de légumes pousse un lourd charriot submergé d'oignons. Il s'arrête sous un arbre, s'assoit quelques instants, puis commence à arrimer un voile aux branches. Puis se rassoit tranquillement, attendant son heure. Seuls quelques écoliers sur des vélos trop grands semblent être pressés, jouant à faire course. La lumière est encore douce, à l'image de l'ambiance générale. C'est peut-être le plus beau moment de la journée.
Puis petit à petit, la charge de circulation augmente, les gens se pressent, comme si soudainement, ils étaient en retard! Les hommes en chemise sur leurs motos, les femmes voilées d'un foulard coloré sur leurs scooters, des vieux sur des vélos, quelques bons hommes dans des voitures, une foule dans les bus et dans les rickshaws, tout ce monde semble s'être mis d'accord pour partir au même moment. La fraiche odeur du matin disparaît alors, pour laisser place aux effluves de gaz d'échappements (sans filtre), et le bruit devient assez fantastique (même si on s'habitue finalement à tout!). La rue devient alors une espèce de piste de karting, où chacun pilote son engin respectif, grappillant centimètre par centimètre, même si ce dernier centimètre peut bloquer toute la circulation venant d'une autre direction. Les conducteurs de rickshaws sont à ce petit jeu les plus adroits, adoptant des trajectoires d'évitement aussi improbables qu'imprévisibles. Au final, c'est tellement le bazar que tout ce mouvement ce fait de manière assez lente. Aux carrefours, des policiers font respecter les feux rouges, à renfort de grands gestes.
Tout au long de la journée, l'ambiance s'échauffe, pour devenir lourde. La chaleur accumulée par l'asphalte devient pesante. L'explosion a lieu en fin d'après-midi. Un déluge de klaxon, de fumée, de gesticulation, de faufilage et grugeage. C'est à ce moment précis que l'on peut effectuer un retour sur soi: il convient d'étudier sa réaction à ce chaos urbain. Si l'on prend plaisir à être dans la circulation, que l'on s'amuse du comportement des uns et des autres, c'est que la journée fut bonne: l'auto-satisfaction quand aux tâches effectuées pendant la journée est certaine, la soirée s'annonce joyeuse, l'optimisme quand à la suite du séjour est de mise, avec plein de projets en tête, la forme physique et morale est confirmée. Ne pas supporter les klaxons et l'odeur, c'est au contraire le signe d'une journée lassante, ennuyeuse, d'une santé défaillante. L'occidental en perdition que je suis se plaira alors à insulter intérieurement tous ces stupides indiens, incapables de respecter un feu rouge (chose que dans d'autre circonstance, on aurait trouvé formidable: "regardez, même pas besoin de règle, tout fonctionne naturellement!"), la poussière partout, cette foutue idée d'être venu en Inde...Cette fatigue morale et physique nécessite un traitement de choc, le plus souvent du miam miam considéré comme occidental, comme un pied-de-nez à toute la cuisine indienne!
Toute cette agitation est de courte durée, et ralenti petit à petit pour finalement s'arrêter presque totalement en milieu de soirée. Il fait alors nuit depuis un certain temps, mais à ce moment seulement qu'on le réalise. Les rues sont noires, mal éclairés, traversées par de solitaires voitures. Quelques groupes d'hommes parlent autour de motos, beaucoup de gens dorment. La ville devient le royaume des chiens errants. Il n'y a rien à faire, nul part où aller, les rares cafés sont fermés. On voit même les étoiles, dans une ville de 5 millions d'habitants! Tout semble déserté, abandonné subitement. Même les immeubles paraissent délaissés, sans vie, ni l'habituel couleur bleutée de la télé. Mais que font les gens? Ils dorment pardi! Le moment parfait pour se balader.
Puis petit à petit, la charge de circulation augmente, les gens se pressent, comme si soudainement, ils étaient en retard! Les hommes en chemise sur leurs motos, les femmes voilées d'un foulard coloré sur leurs scooters, des vieux sur des vélos, quelques bons hommes dans des voitures, une foule dans les bus et dans les rickshaws, tout ce monde semble s'être mis d'accord pour partir au même moment. La fraiche odeur du matin disparaît alors, pour laisser place aux effluves de gaz d'échappements (sans filtre), et le bruit devient assez fantastique (même si on s'habitue finalement à tout!). La rue devient alors une espèce de piste de karting, où chacun pilote son engin respectif, grappillant centimètre par centimètre, même si ce dernier centimètre peut bloquer toute la circulation venant d'une autre direction. Les conducteurs de rickshaws sont à ce petit jeu les plus adroits, adoptant des trajectoires d'évitement aussi improbables qu'imprévisibles. Au final, c'est tellement le bazar que tout ce mouvement ce fait de manière assez lente. Aux carrefours, des policiers font respecter les feux rouges, à renfort de grands gestes.
Tout au long de la journée, l'ambiance s'échauffe, pour devenir lourde. La chaleur accumulée par l'asphalte devient pesante. L'explosion a lieu en fin d'après-midi. Un déluge de klaxon, de fumée, de gesticulation, de faufilage et grugeage. C'est à ce moment précis que l'on peut effectuer un retour sur soi: il convient d'étudier sa réaction à ce chaos urbain. Si l'on prend plaisir à être dans la circulation, que l'on s'amuse du comportement des uns et des autres, c'est que la journée fut bonne: l'auto-satisfaction quand aux tâches effectuées pendant la journée est certaine, la soirée s'annonce joyeuse, l'optimisme quand à la suite du séjour est de mise, avec plein de projets en tête, la forme physique et morale est confirmée. Ne pas supporter les klaxons et l'odeur, c'est au contraire le signe d'une journée lassante, ennuyeuse, d'une santé défaillante. L'occidental en perdition que je suis se plaira alors à insulter intérieurement tous ces stupides indiens, incapables de respecter un feu rouge (chose que dans d'autre circonstance, on aurait trouvé formidable: "regardez, même pas besoin de règle, tout fonctionne naturellement!"), la poussière partout, cette foutue idée d'être venu en Inde...Cette fatigue morale et physique nécessite un traitement de choc, le plus souvent du miam miam considéré comme occidental, comme un pied-de-nez à toute la cuisine indienne!
Toute cette agitation est de courte durée, et ralenti petit à petit pour finalement s'arrêter presque totalement en milieu de soirée. Il fait alors nuit depuis un certain temps, mais à ce moment seulement qu'on le réalise. Les rues sont noires, mal éclairés, traversées par de solitaires voitures. Quelques groupes d'hommes parlent autour de motos, beaucoup de gens dorment. La ville devient le royaume des chiens errants. Il n'y a rien à faire, nul part où aller, les rares cafés sont fermés. On voit même les étoiles, dans une ville de 5 millions d'habitants! Tout semble déserté, abandonné subitement. Même les immeubles paraissent délaissés, sans vie, ni l'habituel couleur bleutée de la télé. Mais que font les gens? Ils dorment pardi! Le moment parfait pour se balader.