lundi 26 août 2013

Suite et fin de notre petit voyage, Aurangabad est une ville qui ne mérite pas le détour: c'est une sorte d'Ahmedabad, en plus petite. Le chaos y règne n'a donc pas la puissance de celui d'Ahmedabad, et devient juste ennuyeux. Et puis tout est assez miséreux, presque sans intérêt. On pourrait la comparer à ces villages "route nationale" en France, traversée par un traffic incessant, au visage triste et poussiéreux. Nous regrettons la gentillesse des habitants d'Ahmedabad, les gens ici semblant plutôt intéressés par notre argent. Le monument local vient compléter ce constat à la fois sombre et comique: Le Bibi Ka Maqbara est une réplique du Taj Mahal, en compressé, dont les indiens qui n'habitent pas Aurangabad parlent avec un certain humour... Il fut construit par le par le fils du constructeur du  vrai Taj Mahal, en honneur de sa première femme. Même idée, même achitecture, mais d'après les mauvaises langues, pas la même richesse ni le même amour pour sa femme. Au delà de la taille de l'édifice, les matériaux sont aussi au rabais: le marbre n'est utilisé que sur deux mètres de haut, puis c'est du stuc. Enfin bon, s'il n'y avait pas l'ombre de l'original, on l'aurait peut-être trouvé magnifique, au milieu d'un grand jardin enclos, entouré de petites montagnes verdoyantes.

Nous décidons d'ailleurs de grimper sur l'une d'entre-elles, renommée pour son petit temple. Après force discussion, nous parvenons à expliquer au rickshaw notre intention de monter nous-même la colline et lui demandons de nous déposer en bas. Nous grimpons rapidement, pour finalement nous retrouver dans un paysage assez idyllique, si on omet la ville à nos pieds. Une belle lumière du soir éclaire les montagnes d'un vert intense, ondulant sous l'agréable petite brise. Les fameux petits drapeaux de prière virevoltent un peu partout. Des échos de la ville nous arrivent de manière irrégulière. Mais déjà, cette quiétude est menacée: un groupe de sportifs, que nous apprendrons plus tard être une équipe de foot locale, escalade la montagne à toute vitesse pour arriver suant et rugissant au sommet. Là, une séance de concours de pompes s'impose, qui fait définitivement perdre son charme au lieux, et je m'amuse intérieurement de ce changement de situation, prenant conscience de la puissance des autres dans mes propre perceptions d'un lieu.

Mais pourquoi donc aller à Aurangabad, au vu de cette description peu objective? C'est simplement une étape obligée vers les caves d'Elora. Ces caves ressemblent en fait à des temples, plus ou moins grands, voir géants, taillés directement à même la falaise. De ce fait, la trentaine de caves s'étirent à flanc de vallée, à différentes hauteurs, s'enfonçant plus ou moins profondément dans la roche. Ce qui est frappant, ce n'est pas tant la taille des excavations que leur régularité: même si quelques imperfections apparaîssent, les dimensions, les proportions, les alignements semblent toujours maîtrisé, malgré l'irrégularité de la roche. Et puis l'effort, le temps que représente ce travail! Il faut aussi imaginer qu'elles furent creusées entre le 5ème et le 10ème siècle, d'abord par des Boudhistes, puis par de Hindous, et enfin par  des Jaïns. Leur état de conservation, leur caractère très régulier les rendent d'autant plus remarquable. Les sculptures sont à la fois drôles et impressionnantes. Impressionnantes de par leurs tailles, leur massivité, leur aspect robuste, avec peu de détail. Drôle car beaucoup d'entre-elles présentes un homme ou une femme aux attributs surdéveloppés, ainsi qu'un subtil déhanchement assez troublant.

En montant un peu vers les hauteurs, on trouve des caves plus ou moins abandonnés, en tous cas peu entretenues, qui donnent à la visite un tournant aventurier. Nous rentrons dans des caves très sombres, d'autres à moitié innondées: si la plupart bénéficient de drainages en amont, certaines en sont dépourvuent, rendant l'ambiance assez mystérieuse, avec des bruits de goutte à goutte, des bassins plus ou moins éphémères... Un lieu parfait pour le prochain Indiana Jones!

mardi 20 août 2013

Attention ! Il y a un autre post plus récent à aller lire plus bas. Ou vous pouvez aussi commencer par la fin.

Cette ville (Bombay) est assez difficile à cerner. En fait, il m'a semblé voir plusieurs villes différentes dans une seule ville. Une sorte de ville normale (pour moi), qui ne se limite pas à l'ancienne ville coloniale, avec de grandes avenues bien aménagées, des parcs, des places, un front de mer, des gens qui marchent, d'autres qui conduisent, des transports publics de qualité, de grandes enseignes ou de petits magasins... mais pas ce chaos de la rue d'Ahmedabad, où tout semble possible du fait du nombre d'activités qui se côtoient. Ici, c'est une véritable ville, pas cet amas de constructions du à une croissance rapide qu'est Ahmedabad. Cette dernière me paraît soudain beaucoup plus attrayante, voir même drôle à découvrir de par son aspect plus étrange, inconnu.

Et puis à l'opposé, il y a des zones comme Dharavi, une ville dans la ville : un gigantesque slum au cœur de Mumbai. Mais attention, n'imaginez pas le bidonville délabré et repoussant. Cela ressemble plus à nos centres-villes médiévaux, avant qu'ils n'aient été rénovés et aseptisés dans les années 80, fait d'un réseau de ruelles et de placettes incompréhensible, de petits bâtiments de moins de deux étages. Toute une urbanité uniquement crée par ses habitants, sans architectes ni gouvernements... qui essaient maintenant de s'installer, en construisant quelques écoles ou de nouveaux égouts par exemple. Selon un bouquin de la bibliothèque de mon université, environ 600 000 personnes vivent ici, pour un PIB d'environ 1 milliard de dollars, difficile à mesurer du fait de l'aspect informel de l'économie. C'est aussi là que se passe une bonne partie du roman Shantaram, de Gregory David Roberts.

Enfin bon, on voulait voir ça ! C'est assez facile d'accès, entre deux gares, coupé en deux par une grande route. Un ami de Pranita, ma coloc de Mumbai, nous montre rapidement comment nous repérer, puis s'en va pour prendre un avion pour Delhi. Du coup, on tente de s'enfoncer un peu, n'ayant aucune idée d'où aller. On a juste entendu vaguement parler d'une « recycling area », et d'une « leather area », mais peu de gens de l'extérieur connaissent véritablement cette zone. D'ailleurs, les gens qui y habitent ne maîtrisent pas tout non plus : nous parlons avec pas mal de jeunes, souvent un bon anglais – signe qu'ils ont au moins fait le lycée -, et leur demandons de nous emmener dans certain lieux. En général, ils voient de quoi on veut parler, mais ne savent pas trop comment s'y rendre. Enfin, du coup, on découvre plein d'autres choses, un grand lac, dernier vestige du marais sur lequel est posé le slum, aujourd'hui dépotoir géant. D'impressionnantes boulangeries, noires de suie, où la chaleur est assez infernale, des tailleurs, des barbiers et puis plein de petits magasins, des réparateurs de portable, de petit électronique (Avez vous déjà fait réparer un grille-pain?). Un peu partout, on voit les signes de tentatives d'aménagements : pavage des rues, égouts, réseau d'eau... mais la situation à l'intérieur du bidonville est elle même très disparate.

Finalement, nous sommes chanceux et tombons sur Ahmed, jeune indien stylé : jean délavé, T-shirt Gucci, lunette Ray-ban et cheveux gominés soigneusement tirés en arrière. Comme toujours, la propreté de la plupart des indiens et même le soin qu'ils apportent à leur tenue est assez impressionnante à la vue des immondices qui traînent partout dans la ville...
Ahmed est propriétaire d'une petite usine de teinture, ou plutôt un atelier. Son entreprise est en effet située dans une petite maison, aux murs recouvert des couleurs précédentes teintures. Dans le sombre rez-de-chaussée, l'atelier proprement dit, avec deux personnes tournant des tissus dans des teintures en ébullition. A l'étage, de grandes pièces de tissus peinent à sécher du fait de l'humidité. Il nous montre aussi une impressionnante brodeuse automatique, une énorme machine flambant neuve, placée dans un hangar branlant.
Puis il nous emmène dans la zone spécialisée dans le recyclage du plastique. Des montagnes de bouteilles, emballages, électroménager...et de granulats de plastiques concassés. La première question qu'on se pose est le moyen de transport utilisé acheminer tout ce plastique et le renvoyer ! La réponse est vite trouver : nous sommes littéralement éjecter de la ruelle par un convoi de sac que l'on suppose remplies de plastiques. Les hommes en dessous ne sont presque plus visible tant ils sont chargés. Une fois arrivé, le plastique est trié selon son type, sa couleur, puis concassé. Tout se fait dans le bruit effroyable des broyeuse, à la lumière de quelques néons, et peu d'air. C'est assez fascinant, mais nous ne restons pas très longtemps, un peu gêné face à tous ces travailleurs assez misérables. Ahmed nous ramène dans une grande rue, puis nous quitte pour un rendez-vous ailleurs dans la ville. Nous sommes toujours sous le choc de cette ville où tout semble se faire au même endroit : logement, bureaux, magasins, petite industrie, ordures se cotoient !



Trajet mouvementé en rickshaw dans les rues d'Ahmedabad, de nuit. Toujours cette foule de gens, d'autant plus que nous passons par Relief Road, ruelle qui sert d'artère principale de la vieille ville. Nous arrivons finalement dans une gare bondée, pleine de familles, de bagages, de trucs à manger,et au milieu de tout ça des gens qui essaient de préparer les trains pour leur futur départ.

Premier train de nuit, donc, en sleeper class. La meilleure selon nos amis indiens, car elle offre une vrai couchette, mais évite le rhume du à l'air conditionné... Notre train arrive finalement, un vrai train indien, comme on l'attendait, avec des barreaux aux fenêtres, une carcasse qui fut bleue, mais où la rouille semble avoir définitivement pris le dessus. Pour tordre le cliché, il n'y a malheureusement personne sur le toit, c'est en effet un train électrique...

Je monte donc dans le train, en compagnie de Jonatan et d'Oscar. Jonatan est un sympathique Suisse allemand, de Zurich, rencontré à l'université, en Inde pour un semestre et une furieuse envie de voyager, Oscar, un non moins sympathique Parisien. C'est drôle comme avoir cette tête connue en face de moi donne à tout le reste un aspect encore plus inconnu, à découvrir. Enfin bref, nous voilà parti pour Mumbai, ou Bombay (quel nom utiliser ? Après visite, peut-être Bombay pour la ville coloniale, et Mumbai pour tout le reste, c'est à dire quasiment tout!)

Pour le moment, la banlieue d'Ahmedabad défile doucement sous nos yeux : une sorte de jungle urbaine, entre végétation incontrôlable et bâtiments qui poussent un peu partout. La fraicheur du soir est appréciable ! Le passage dans le couloir n'arrête pas, vendeur de tchaï, de miam miam, insomniaques, policiers... Enfin, je finis par m'endormir, pour me réveiller dans la banlieue de Mumbai, nettement plus impressionnant, n'en finissant pas, scandée par de minces tours dépassant des abords désordonnés de la voie férrée.

La gare est gigantesque, une vrai gare de grande ville, toujours pleine malgré l'heure matinale. Des gens dorment un peu partout, en transit. C'est là qu'a été filmée la dernière scène de Slumdog Millionaire... Avec un train local ouvert au quatre vents, on atteint le bout de Bombay – c'est une presqu'île -, et assurément la partie coloniale de la ville. Autour de grandes pelouses s'alignent les bâtiments, institutions, églises de styles victorien plus ou moins exotiques. C'est tout à fait agréable, il n'y a quasiment personne, car il est très tôt, un halo de fraicheur plane autour des pelouses, presque le silence. De l'ordre, de l'ordre !

Et puis enfin la mer et une petite brise, dont l'odeur n'est malheureusement pas des plus marine. Une espèce de grande porte monumentale faisant face à la mer, la Gateway of India, construite pour la venue du roi George V et de la reine Mary.
Soudain, notre aventure indienne prend un sérieux coup, quand nous tombons en face d'une boulangerie avec du vrai pain, des petits-déjeuners de compet, et même des quiches. Nous apprécions la croustillance de la croûte, dont le nom retrouve tout son sens...


vendredi 9 août 2013

Les stepwell! Littéralement "marche puits", ce qui décrit plutôt bien ces étranges choses... Il est difficile de les appeler bâtiments, mais on ne peut pas non plus dire que ce sont de simples trous. Ce serait plus une sorte de puits monumental, attaché à un impressionnant escalier, dont lors de notre visite, la fonction est restée mystérieuse. Évidemment, on pense à la puissance d'évocation de l'eau dans une région soumise à la mousson puis à la sécheresse. Wikipédia nous en apprendra plus: d'un point de vue fonctionnel, l'escalier utilisé comme rampe pour remonter les gravats lors du creusement du puits, puis l'eau lorsque celui-ci atteint une profondeur suffisant. Mais c'est aussi un lieu dédié à différents dieux faisant la pluie et le beau temps, d'où la monumentalité de ces lieux. D'autant plus que cet escalier est linéaire, alors que la logique voudrait qu'il soit circulaire: un puits ou un forage sont le plus souvent ronds, cette forme étant plus résistante à l'énorme pression qui s'exerce sur les parois de l'excavation.

Donc nous sommes allés au Dada Hari Vav pour voir ça de nos propres yeux, au nord-ouest d'Ahmedabad. D'après wikipédia, il a été inauguré en 1501, à l'époque en pleine campagne. Un sentiment de ruralité persiste, surtout quand une vache se présente. L'endroit est calme, entouré de petites maison et de bouts de prairies. En arrivant, on ne voit pas grand chose, juste un petit pavillon permettant d'accéder à l'escalier, et des trous, dont on imagine pas encore la profondeur.

Et l'escalier apparaît soudainement, s'enfonçant dans une demi-obscurité, au travers d'une forêt de colonnes et de planchers maintenant les murs de soutènement. La descente est assez fabuleuse, dans ce puits assez mystérieux: les puits de lumières deviennent de plus en plus profonds, de plus en plus sombres. Chaque palier est apparemment marqué d'une symbolique particulière, souvent lié aux femmes, puisque ce sont-elles qui allaient chercher l'eau. Puis le puits à proprement parler, en fait plutôt un bassin, entouré de quelques marches, au fond d'une cour octogonale. Plusieurs niveaux de galeries l'encadrent, comme une sorte de théâtre. Deux bouts de ciel, à l'extrémité de l'escalier et tout en haut de la cour. Nous, on profite de la pénombre et de la fraicheur. L'éblouissant ciel blanc est enfin loin! Mais toujours ce sentiment d'étrangeté, liée à la monumentalité du lieu: pourquoi un tel travail pour un simple puits? J'avoue avoir toujours lié cette monumentalité à une volonté de puissance, de représentation, d'affirmation plus ou moins positive. Ici c'est l'eau qui est mise en représentation, qui plus est pour la fournir. Pas mal, non?

On est ensuite parti explorer les différents étages, assez vertigineux, car il y a des trémis un peu partout,

 pour finalement retrouver le grand jour. Impressionnant!




By the way, voici ma nouvelle adresse:

4/4-b center point,
Panchvati, Elleisbridge,
AHMEDABAD
INDIA