mardi 20 août 2013

Attention ! Il y a un autre post plus récent à aller lire plus bas. Ou vous pouvez aussi commencer par la fin.

Cette ville (Bombay) est assez difficile à cerner. En fait, il m'a semblé voir plusieurs villes différentes dans une seule ville. Une sorte de ville normale (pour moi), qui ne se limite pas à l'ancienne ville coloniale, avec de grandes avenues bien aménagées, des parcs, des places, un front de mer, des gens qui marchent, d'autres qui conduisent, des transports publics de qualité, de grandes enseignes ou de petits magasins... mais pas ce chaos de la rue d'Ahmedabad, où tout semble possible du fait du nombre d'activités qui se côtoient. Ici, c'est une véritable ville, pas cet amas de constructions du à une croissance rapide qu'est Ahmedabad. Cette dernière me paraît soudain beaucoup plus attrayante, voir même drôle à découvrir de par son aspect plus étrange, inconnu.

Et puis à l'opposé, il y a des zones comme Dharavi, une ville dans la ville : un gigantesque slum au cœur de Mumbai. Mais attention, n'imaginez pas le bidonville délabré et repoussant. Cela ressemble plus à nos centres-villes médiévaux, avant qu'ils n'aient été rénovés et aseptisés dans les années 80, fait d'un réseau de ruelles et de placettes incompréhensible, de petits bâtiments de moins de deux étages. Toute une urbanité uniquement crée par ses habitants, sans architectes ni gouvernements... qui essaient maintenant de s'installer, en construisant quelques écoles ou de nouveaux égouts par exemple. Selon un bouquin de la bibliothèque de mon université, environ 600 000 personnes vivent ici, pour un PIB d'environ 1 milliard de dollars, difficile à mesurer du fait de l'aspect informel de l'économie. C'est aussi là que se passe une bonne partie du roman Shantaram, de Gregory David Roberts.

Enfin bon, on voulait voir ça ! C'est assez facile d'accès, entre deux gares, coupé en deux par une grande route. Un ami de Pranita, ma coloc de Mumbai, nous montre rapidement comment nous repérer, puis s'en va pour prendre un avion pour Delhi. Du coup, on tente de s'enfoncer un peu, n'ayant aucune idée d'où aller. On a juste entendu vaguement parler d'une « recycling area », et d'une « leather area », mais peu de gens de l'extérieur connaissent véritablement cette zone. D'ailleurs, les gens qui y habitent ne maîtrisent pas tout non plus : nous parlons avec pas mal de jeunes, souvent un bon anglais – signe qu'ils ont au moins fait le lycée -, et leur demandons de nous emmener dans certain lieux. En général, ils voient de quoi on veut parler, mais ne savent pas trop comment s'y rendre. Enfin, du coup, on découvre plein d'autres choses, un grand lac, dernier vestige du marais sur lequel est posé le slum, aujourd'hui dépotoir géant. D'impressionnantes boulangeries, noires de suie, où la chaleur est assez infernale, des tailleurs, des barbiers et puis plein de petits magasins, des réparateurs de portable, de petit électronique (Avez vous déjà fait réparer un grille-pain?). Un peu partout, on voit les signes de tentatives d'aménagements : pavage des rues, égouts, réseau d'eau... mais la situation à l'intérieur du bidonville est elle même très disparate.

Finalement, nous sommes chanceux et tombons sur Ahmed, jeune indien stylé : jean délavé, T-shirt Gucci, lunette Ray-ban et cheveux gominés soigneusement tirés en arrière. Comme toujours, la propreté de la plupart des indiens et même le soin qu'ils apportent à leur tenue est assez impressionnante à la vue des immondices qui traînent partout dans la ville...
Ahmed est propriétaire d'une petite usine de teinture, ou plutôt un atelier. Son entreprise est en effet située dans une petite maison, aux murs recouvert des couleurs précédentes teintures. Dans le sombre rez-de-chaussée, l'atelier proprement dit, avec deux personnes tournant des tissus dans des teintures en ébullition. A l'étage, de grandes pièces de tissus peinent à sécher du fait de l'humidité. Il nous montre aussi une impressionnante brodeuse automatique, une énorme machine flambant neuve, placée dans un hangar branlant.
Puis il nous emmène dans la zone spécialisée dans le recyclage du plastique. Des montagnes de bouteilles, emballages, électroménager...et de granulats de plastiques concassés. La première question qu'on se pose est le moyen de transport utilisé acheminer tout ce plastique et le renvoyer ! La réponse est vite trouver : nous sommes littéralement éjecter de la ruelle par un convoi de sac que l'on suppose remplies de plastiques. Les hommes en dessous ne sont presque plus visible tant ils sont chargés. Une fois arrivé, le plastique est trié selon son type, sa couleur, puis concassé. Tout se fait dans le bruit effroyable des broyeuse, à la lumière de quelques néons, et peu d'air. C'est assez fascinant, mais nous ne restons pas très longtemps, un peu gêné face à tous ces travailleurs assez misérables. Ahmed nous ramène dans une grande rue, puis nous quitte pour un rendez-vous ailleurs dans la ville. Nous sommes toujours sous le choc de cette ville où tout semble se faire au même endroit : logement, bureaux, magasins, petite industrie, ordures se cotoient !



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