Que serait un blog d'étudiant en Inde
sans un billet consacré à Holi ? Holi, si, si, vous
connaissez, vous l'avez vu à la télé, une foule compacte
d'individus multicolores entourés d'un nuage de poussière lui aussi
haut en couleurs ; ou alors peut-être sur facebook, où
inévitablement quelqu'un a du poster sa face toute colorée.
C'est donc plein d'images en tête que
attendons ce festival. Mais que fête t-on exactement ? J'avoue
ne pas avoir connu la raison avant d'écrire cet article... Quand
quelque chose est esthétique, inutile d'aller chercher plus loin !
C'est donc une fête hindoue en l'honneur de Krishna, au moment de
l'équinoxe du printemps. Chaque couleur a une signification :
le vert
pour l'harmonie, l' pour l'optimisme,
le bleu pour la
vitalité et le rouge
pour la joie et
l'amour.
Mais
bon, tout cela semble un peu perdu et Holi, selon la télé indienne,
ce serait maintenant plus quelque chose dans ce genre là :
Pour
nous la fête commence la veille au soir lorsque nous découvrons
qu'il y a un gigantesque feu dans la rue en bas de chez nous. Les
habitants du quartier viennent en famille, lancent un peu d'eau et de
ghee (du beurre clarifié), font un petit tour pied nu du feu,
prennent une photo et puis s'en vont. Une fois de plus, nous
regardons sans vraiment comprendre. Mais il n'est pas non plus
certain que les gens qui viennent ici sachent vraiment ce qu'ils font
non plus. Cela se vérifiera d'ailleurs le lendemain, la plupart des
gens à qui nous demandons la signification de toute cette fête
étant incapable de nous la donner. Enfin, en attendant, nous
regardons l'énorme feu et les gens qui tournent autour en
contre-jour, la chaleur, l'odeur de goudron fondu et de ghee brûlé,
une vision presque apocalyptique d'une rue d'habitude si tranquille.
Le
lendemain, avec Jay l'américain, nous avons l'excellente idée de
nous habiller en blanc. Le résultat n'en sera que plus éclatant et
beau pensons-nous. Et nous formerons ainsi une cible de choix :
des blancs habillés en blanc, comme une feuille vierge prête
destinée à être recouverte de gribouillis. Car le but, c'est bien
de revenir le plus multicolore possible.
Nous
décidons de nous rendre à l'université à pied, où nous devons
retrouver des amis. Comme d'habitude durant les festivals, les larges
avenues de la nouvelle ville semble bien déserte. Seuls quelques
passants en moto nous jettent un peu de poudre au passage. Nous
décidons donc de commencer à nous colorés les uns et les autres.
Je n'ai malheureusement pas de photos de la scène, puisqu'y
participant, mais nous devons offrir le spectacle burlesque d'un
pugilat de quatre lamentables étrangers se poudrant à tour de mains
au milieu d'une ville vide. Nous décidons d'une trêve pour passer
au travers d'Hollywood, le slum qui fabrique les statues de Ganesh.
Une idée judicieuse, puisque nous sommes littéralement assaillis
par une bande de gamins nous prenant nos propres poudres pour nous
les lancer à la figure. Nous en sortons magnifiques, roses, rouges,
turquoise, jaune et vert, et arrivons fiers de notre réussite à
l'université.
Le
spectacle y est franchement comique : sur une musique
électronique minimaliste, une foule d'étudiants sautent comme une
masse humaine dans une piscine de boue spécialement creusée pour
l'occasion. L'ensemble est marronâtre, loin de l'idée qu'on se fait
d'Holi. D'ailleurs, nous ne restons pas longtemps beaux et
resplendissant, puisque nous sommes rapidement emmenés dans la
meute. Loïc et moi y perdons nos chemises, mais qu'importe, la
transe nous entraîne.
Après
un bang lassi au coin de la rue, sur une terrasse qui paraît
soudainement sympathique, nous partons vers la vieille ville,
espérant y retrouver l'animation de l'université, mais aussi la
grâce que l'on a en tête lorsque l'on pense à Holi. Raté. La
vieille ville est elle aussi quasiment déserte. Et qui plus est nous
avons l'air ridicules, recouverts de boue séchée, torses nus, avec
nos paquets de couleurs à la recherche de possibles gens à colorer.
On tombe bien sur quelques autres groupes, mais pas sur la mêlée
tant fantasmée ! Au fil de nos pérégrinations hasardeuses,
nous arrivons même dans un quartier musulman, où les hommes sont
habillés de longues kurtas d'un blanc immaculées. Ils sont plutôt
amusés, mais quand nous essayons de trouver un resto où manger, la
plupart refusent en rigolant. Nous finissons par en trouver un qui
nous accepte. Le tenant a astucieusement disposés des bâches en
plastique sur les blanquettes. Mais elles sont restées assez
propres. Il nous explique que Holi se fête un peu plus tôt le
matin, et que de toutes façons, Ahmedabad n'ait pas le meilleur
endroit pour fêter Holi. A la télé défile des images de bataille
enragée à Delhi, où des milliers de gens semblent s'être donné
rendez-vous pour se colorer.


