samedi 22 mars 2014

Que serait un blog d'étudiant en Inde sans un billet consacré à Holi ? Holi, si, si, vous connaissez, vous l'avez vu à la télé, une foule compacte d'individus multicolores entourés d'un nuage de poussière lui aussi haut en couleurs ; ou alors peut-être sur facebook, où inévitablement quelqu'un a du poster sa face toute colorée.
C'est donc plein d'images en tête que attendons ce festival. Mais que fête t-on exactement ? J'avoue ne pas avoir connu la raison avant d'écrire cet article... Quand quelque chose est esthétique, inutile d'aller chercher plus loin ! C'est donc une fête hindoue en l'honneur de Krishna, au moment de l'équinoxe du printemps. Chaque couleur a une signification : le vert pour l'harmonie, l' pour l'optimisme, le bleu pour la vitalité et le rouge pour la joie et l'amour.
Mais bon, tout cela semble un peu perdu et Holi, selon la télé indienne, ce serait maintenant plus quelque chose dans ce genre là : 

 

Pour nous la fête commence la veille au soir lorsque nous découvrons qu'il y a un gigantesque feu dans la rue en bas de chez nous. Les habitants du quartier viennent en famille, lancent un peu d'eau et de ghee (du beurre clarifié), font un petit tour pied nu du feu, prennent une photo et puis s'en vont. Une fois de plus, nous regardons sans vraiment comprendre. Mais il n'est pas non plus certain que les gens qui viennent ici sachent vraiment ce qu'ils font non plus. Cela se vérifiera d'ailleurs le lendemain, la plupart des gens à qui nous demandons la signification de toute cette fête étant incapable de nous la donner. Enfin, en attendant, nous regardons l'énorme feu et les gens qui tournent autour en contre-jour, la chaleur, l'odeur de goudron fondu et de ghee brûlé, une vision presque apocalyptique d'une rue d'habitude si tranquille.

Le lendemain, avec Jay l'américain, nous avons l'excellente idée de nous habiller en blanc. Le résultat n'en sera que plus éclatant et beau pensons-nous. Et nous formerons ainsi une cible de choix : des blancs habillés en blanc, comme une feuille vierge prête destinée à être recouverte de gribouillis. Car le but, c'est bien de revenir le plus multicolore possible.


Nous décidons de nous rendre à l'université à pied, où nous devons retrouver des amis. Comme d'habitude durant les festivals, les larges avenues de la nouvelle ville semble bien déserte. Seuls quelques passants en moto nous jettent un peu de poudre au passage. Nous décidons donc de commencer à nous colorés les uns et les autres. Je n'ai malheureusement pas de photos de la scène, puisqu'y participant, mais nous devons offrir le spectacle burlesque d'un pugilat de quatre lamentables étrangers se poudrant à tour de mains au milieu d'une ville vide. Nous décidons d'une trêve pour passer au travers d'Hollywood, le slum qui fabrique les statues de Ganesh. Une idée judicieuse, puisque nous sommes littéralement assaillis par une bande de gamins nous prenant nos propres poudres pour nous les lancer à la figure. Nous en sortons magnifiques, roses, rouges, turquoise, jaune et vert, et arrivons fiers de notre réussite à l'université.

Le spectacle y est franchement comique : sur une musique électronique minimaliste, une foule d'étudiants sautent comme une masse humaine dans une piscine de boue spécialement creusée pour l'occasion. L'ensemble est marronâtre, loin de l'idée qu'on se fait d'Holi. D'ailleurs, nous ne restons pas longtemps beaux et resplendissant, puisque nous sommes rapidement emmenés dans la meute. Loïc et moi y perdons nos chemises, mais qu'importe, la transe nous entraîne.


Après un bang lassi au coin de la rue, sur une terrasse qui paraît soudainement sympathique, nous partons vers la vieille ville, espérant y retrouver l'animation de l'université, mais aussi la grâce que l'on a en tête lorsque l'on pense à Holi. Raté. La vieille ville est elle aussi quasiment déserte. Et qui plus est nous avons l'air ridicules, recouverts de boue séchée, torses nus, avec nos paquets de couleurs à la recherche de possibles gens à colorer. On tombe bien sur quelques autres groupes, mais pas sur la mêlée tant fantasmée ! Au fil de nos pérégrinations hasardeuses, nous arrivons même dans un quartier musulman, où les hommes sont habillés de longues kurtas d'un blanc immaculées. Ils sont plutôt amusés, mais quand nous essayons de trouver un resto où manger, la plupart refusent en rigolant. Nous finissons par en trouver un qui nous accepte. Le tenant a astucieusement disposés des bâches en plastique sur les blanquettes. Mais elles sont restées assez propres. Il nous explique que Holi se fête un peu plus tôt le matin, et que de toutes façons, Ahmedabad n'ait pas le meilleur endroit pour fêter Holi. A la télé défile des images de bataille enragée à Delhi, où des milliers de gens semblent s'être donné rendez-vous pour se colorer. 

 

vendredi 14 mars 2014

Au beau milieu de mon deuxième semestre à Ahmedabad, l'irruption de deux personnes bien connues est assez étrange et déstabilisante. Tout à coup, voilà ma vie indienne qui n'était jusqu'alors que ce que je souhaitai en laisser filtrer dévoilée au grand jour ! Une perspective réjouissante, puisqu'il s'agit pour moi de partager une existence indienne que j'apprécie beaucoup. Et justement, j'aimerai que les visiteurs apprécient cette petite plongée indienne autant que moi.

Voila donc mon état d'esprit avant l'arrivée des parents. Les trois premiers jours furent un jeu du chat et de la souris dans entre l'université, l'appartement et les rues d'Ahmedabad. Une répétition avant le véritable voyage pour moi, où je dois laisser les parents pour la journée. Encore une fois à Ahmedabad, nous nous rattrapons sur les découvertes culinaires, des dosas (crêpes de riz broyé et fermenté) au thali (un plateau avec plein de plats différents et du riz et du pain). Ils me racontent la découverte, ou redécouverte, du bruit, de l'agitation permanente, les vaches et les bouses, les singes aux arbres, les klaxons, la pollution, le trafic insensé, la gentillesses des habitants d'Ahmedabad... Je me rappelle alors mon arrivée et mes premières impressions : tout me paraissait alors assez incroyable, pas forcément beau ni agréable, mais très impressionnant. Après quelques mois passés ici, je m’émerveille ou m'insurge toujours devant cette ville. Mais ces vives émotions sont aussi pondérées par la vie quotidienne, qui rend parfois les choses les plus invraisemblables presque banales et ordinaires... Heureusement d'ailleurs, il serait autrement difficile de ne pas rester en permanence la bouche ouverte, saisi par le spectacle de la rue.

Nous quittons Ahmedabad. Notre chauffeur nous emmène vers Udaipur, sympathique petite ville onirique au bord d'un lac, avec de beau palais les pieds dans l'eau.


Puis Kumbhalgarh, une forteresse gigantesque et fantomatique au beau milieu de nul part. Aux alentours quelques paysans s'échinent à faire pousser un carré de blé dans le fond de la vallée.



Pas très loin de là, nous trouvons un temple jaïn tout de marbre blanc, tout aussi inattendu, et assez magnifique : Ranakpur.


Arrivés à Jodhpur, nous montons directement sur la terrasse de notre hôtel pour admirer d'un coté la rouge forteresse perché sur son rocher rouge éclairée par le rouge soleil couchant, et à contre-jour de l'autre coté les multitudes de maisons bleu indigo d'où n'émergent que quelques humaines exceptions.


A Ajmer, échappant de peu à un furieux trafic, nous découvrons une étonnante maquette représentant la cosmologie jaïn, de dimensions imposantes puisqu'une salle a été spécialement construite pour l'accueillir, et le Dargah, lieu assez indescriptible, à la fois mosquée, lieu de pélerinage pour les hindous, place de jeu, cuisine pour les pauvres dans deux gigantesques chaudrons, place de marché... L’effervescence même !


Ensuite vient Bundi, petite ville tranquille au fond d'une vallée sur les flancs de laquelle s'accroche un magnifique palais, offrant de magnifiques vues sur le paysage ainsi que de drolatiques fresques. Et dans la ville calme et tranquille, deux puits monumentaux.




Et Enfin chittorgarh, une autre forteresse toute en longueur, dont les murailles suivent patiemment les limites d'un haut-plateau. A l'intérieur, moultes temples, bassins et autre merveilles.




Voilà pour un rapide tour d'horizon de notre périple !
Beaucoup de ces lieux, je ne les connaissais pas et les ai donc découvert avec les parents. Bundi, particulièrement, nous a, je crois, particulièrement marqué. L'arrivée se fait par une petite route défoncée et encombrée de camions, accrochée à un flanc de la vallée. A nos pieds, la veille ville, un grand bassin entouré de belles bâtisses à patio. Et puis au fond, de l'autre coté de la vallée, le palais accroché à l'autre versant, à la manière du Potala de Lhassa comme le disait justement Eric, et encore dessus la forteresse. Puis nous laissons la voiture pour entrer dans la vieille ville. Oublié alors le magnifique paysage environnant! Un dédale de petite rue remarquablement préservée des klaxons, bordées de réparateurs de vélos, de tisserands, de meuniers... Un rêve pour touriste en quête d'authentique ! En montant sur l'inévitable terrasse de notre hôtel, nous retrouvons d'un coté le palais, juste au dessus de nous, et de l'autre la route par laquelle nous sommes arrivés, comme un lointain spectacle. Les toits sont le royaume des singes, ce qui oblige les gens à s'enfermer dans des cages de bambous pour éviter d'être importunés. En montant au palais, nous nous retrouvons finalement dans la situation opposée, la route au loin. Les lieux sembles avoir été abandonnés la veille, tant les peintures sont encore vives, les enduits nacrés en bon état. On imagine sans peine la vie luxueuse qui a du être menée ici... Et c'est vide. Nous sommes pratiquement seuls. Magique !