Au beau milieu de mon deuxième
semestre à Ahmedabad, l'irruption de deux personnes bien connues est
assez étrange et déstabilisante. Tout à coup, voilà ma vie
indienne qui n'était jusqu'alors que ce que je souhaitai en laisser
filtrer dévoilée au grand jour ! Une perspective réjouissante,
puisqu'il s'agit pour moi de partager une existence indienne que
j'apprécie beaucoup. Et justement, j'aimerai que les visiteurs
apprécient cette petite plongée indienne autant que moi.
Voila donc mon état d'esprit avant
l'arrivée des parents. Les trois premiers jours furent un jeu du
chat et de la souris dans entre l'université, l'appartement et les
rues d'Ahmedabad. Une répétition avant le véritable voyage pour
moi, où je dois laisser les parents pour la journée. Encore une
fois à Ahmedabad, nous nous rattrapons sur les découvertes
culinaires, des dosas (crêpes de riz broyé et fermenté) au thali
(un plateau avec plein de plats différents et du riz et du pain).
Ils me racontent la découverte, ou redécouverte, du bruit, de
l'agitation permanente, les vaches et les bouses, les singes aux
arbres, les klaxons, la pollution, le trafic insensé, la
gentillesses des habitants d'Ahmedabad... Je me rappelle alors mon
arrivée et mes premières impressions : tout me paraissait
alors assez incroyable, pas forcément beau ni agréable, mais très
impressionnant. Après quelques mois passés ici, je m’émerveille
ou m'insurge toujours devant cette ville. Mais ces vives émotions
sont aussi pondérées par la vie quotidienne, qui rend parfois les
choses les plus invraisemblables presque banales et ordinaires...
Heureusement d'ailleurs, il serait autrement difficile de ne pas
rester en permanence la bouche ouverte, saisi par le spectacle de la
rue.
Nous quittons Ahmedabad. Notre
chauffeur nous emmène vers Udaipur, sympathique petite ville
onirique au bord d'un lac, avec de beau palais les pieds dans l'eau.
Puis Kumbhalgarh, une forteresse gigantesque et fantomatique au beau milieu de nul part. Aux alentours quelques paysans s'échinent à faire pousser un carré de blé dans le fond de la vallée.
Pas très loin de là, nous trouvons un
temple jaïn tout de marbre blanc, tout aussi inattendu, et assez
magnifique : Ranakpur.
Arrivés à Jodhpur, nous montons
directement sur la terrasse de notre hôtel pour admirer d'un coté
la rouge forteresse perché sur son rocher rouge éclairée par le
rouge soleil couchant, et à contre-jour de l'autre coté les
multitudes de maisons bleu indigo d'où n'émergent que quelques
humaines exceptions.
A Ajmer, échappant de peu à un
furieux trafic, nous découvrons une étonnante maquette représentant
la cosmologie jaïn, de dimensions imposantes puisqu'une salle a été
spécialement construite pour l'accueillir, et le Dargah, lieu assez
indescriptible, à la fois mosquée, lieu de pélerinage pour les
hindous, place de jeu, cuisine pour les pauvres dans deux
gigantesques chaudrons, place de marché... L’effervescence même !
Ensuite vient Bundi, petite ville
tranquille au fond d'une vallée sur les flancs de laquelle
s'accroche un magnifique palais, offrant de magnifiques vues sur le
paysage ainsi que de drolatiques fresques. Et dans la ville calme et
tranquille, deux puits monumentaux.
Et Enfin chittorgarh, une autre
forteresse toute en longueur, dont les murailles suivent patiemment
les limites d'un haut-plateau. A l'intérieur, moultes temples,
bassins et autre merveilles.
Voilà pour un rapide tour d'horizon de
notre périple !
Beaucoup de ces lieux, je ne les
connaissais pas et les ai donc découvert avec les parents. Bundi,
particulièrement, nous a, je crois, particulièrement marqué.
L'arrivée se fait par une petite route défoncée et encombrée de
camions, accrochée à un flanc de la vallée. A nos pieds, la veille
ville, un grand bassin entouré de belles bâtisses à patio. Et puis
au fond, de l'autre coté de la vallée, le palais accroché à
l'autre versant, à la manière du Potala de Lhassa comme le disait
justement Eric, et encore dessus la forteresse. Puis nous laissons la
voiture pour entrer dans la vieille ville. Oublié alors le
magnifique paysage environnant! Un dédale de petite rue
remarquablement préservée des klaxons, bordées de réparateurs de
vélos, de tisserands, de meuniers... Un rêve pour touriste en quête
d'authentique ! En montant sur l'inévitable terrasse de notre
hôtel, nous retrouvons d'un coté le palais, juste au dessus de
nous, et de l'autre la route par laquelle nous sommes arrivés, comme
un lointain spectacle. Les toits sont le royaume des singes, ce qui
oblige les gens à s'enfermer dans des cages de bambous pour éviter
d'être importunés. En montant au palais, nous nous retrouvons
finalement dans la situation opposée, la route au loin. Les lieux
sembles avoir été abandonnés la veille, tant les peintures sont
encore vives, les enduits nacrés en bon état. On imagine sans peine
la vie luxueuse qui a du être menée ici... Et c'est vide. Nous
sommes pratiquement seuls. Magique !
Belle chemise, papa!
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