lundi 30 septembre 2013

Tant de week-end passés à voyager, me direz vous, mais où sont les études?
Comme toute école d'architecture dans le monde, il y a une certaine charge de travail, mais avec ici un rythme assez particulier. Les études sont en effet plus longues, 5 ans de bachelor et 2 de master, au lieu de 3+2 en Europe. De ce fait, il y a ici beaucoup moins de pression par rapport au temps, les dates butoirs ne sont pas ces rendez-vous incontournables, où il faut absolument produire quelque chose, mais plus des indications, avec une certaine souplesse selon les projets, les personnes. L'essentiel est d'avancer dans son projet. Ce qu'il y a de bien la dedans, c'est que cela permet d'organiser son emploi du temps comme on le souhaite, sans avoir peur des lundi difficiles.
Ca, c'est mon université!

Ca, c'est un chameau dans mon université


Le rythme est donc assez changeant selon les moments. Sur les quelques cours que j'ai sélectionné, certains sont cependant nettement plus prennant, autant en intérêt qu'en temps. Avec quelques étudiants en master de "Urban design", nous travaillons par exemple sur les manières de se déplacer à travers le quartier des universités: Les différents instituts et universités d'Ahmedabad occupent des terrains gigantesques, avec finalement très peu de zone utilisée dessus. Du coup, la ville d'Ahmedabad a eu l'excellente idée, pour ses nouvelles universités, de densifier les terrains qu'elle a déjà au lieu d'aller construire en périphérie de la ville. Le problème, c'est que ces gigantesques terrains sont en fait très morcellés, coupés en plein de morceaux, chaque institut ayant un bout de terrain. L'idée, donc, serait de rassembler toutes ces universités pour ne  faire qu'une, avec des équipements partagés. Cela permettrait de libérer plus facilement les terrains nécessaires aux nouveaux bâtiments. C'est là qu'on intervient! Dans le cadre d'un séminaire appellé streets for people (La rue pour les gens), nous sommes sensés trouver une manière de se déplacer dans cette université réunie, sachant qu'elle s'étendrai alors sur environ 6 km... Pour le moment, on est dans la phase extrémiste, ou jusqu'au boutiste: différents groupes de travail se mettent en place autour d'un moyen de déplacement, comme unique solution pour les étudiants.

Mon groupe travaille, tiens, sur la bicyclette. Nous devons donc imaginer comment 50000 étudiants vont passer du scooter, du bus, de la voiture au vélo... C'est assez excitant! En tous cas, les indiens n'ont peur de rien! Parce que la situation aujourd'hui est plutôt opposée: déjà, la multitude d'universités existantes sont aujourd'hui refermées sur elles-même, entourées de hauts murs alors que des gardes officient aux entrées... difficile dans ces conditions d'imaginer un campus unifié et ouvert sur la ville. L'obcession sécuritaire est réelle en Inde, il y a des vigiles dans chaque immeuble, magasins, lieux dotés d'une porte. Ensuite, l'image du vélo est très dégradé. Les seules personnes qui pédalent ici sont en général assez agées, masculines et plutôt pauvres (relativement, il faut quand même pouvoir payer un vélo), sur des vélos hors-d'âges. Reste donc les transports en public, assez efficace mais qui pâtit de l'état de ses bus, et un nouveau systême de bus en voie propre, distinct du traditionnel, qui prend de l'ampleur. Mais surtout une nuée de motos et de scooter qui pétaradent et klaxonnent dans tous les sens, et puis en prolongement, une fois un certain niveau de richesse atteind, quelques voitures, de la petite japonaise blanche jusqu'à la grosse allemande noire. Evidemment, pour accomoder tout ce monde, les larges rues ont été transformées en quasi autoroutes, difficilement traversable, mais comme cela ne suffit toujours pas, des fly-overs sont en construction un peu partout. A delhi, ils ont carrément commencé à superposer les fly-overs... Pourtant, il suffit de regarder une statistique pour comprendre que ça ne peut pas marcher: dans les villes indiennes, il y a aujourd'hui environ 70 voitures pour 1000 habitants, et les embouteillages sont déjà quasi permanents. Aux Etats-unis, ils sont à environ 600 voitures, en Europe à 500. La rue indienne est déjà saturée par tout ce qui s'y trouve, il semble difficile d'y ajouter autant de voitures, à part en supprimant tout ce qui fait sa spécificité (bouffe de rue, marchés, vendeurs de thés...bref des lieux de vie!).
Une rue moderne, à un arrêt de bus, près de l'université.

Une rue classique, pas encore agrandie.
Donc notre principal problème, c'est de rendre le vélo attractif pour les étudiants, sans pour autant oublier ceux qui font déjà du vélo. Le principal argument, c'est la dangerosité du traffic. C'est une sorte de prophétie auto-réalisatrice, puisqu'à la place d'un vélo, les gens prennent une voiture, et alimentent ainsi le traffic... Ensuite vient le climat, parfois assez hostile il faut bien le dire: à plus de 40° sur une chaussée noire, difficile de pédaler. Il y a bien quelques routes ombragées, mais la plupart des arbres sont coupés lors des élargissements de route, créant une sorte d'univers stérile où personne, que ce soit les marcheurs, les cyclistes où les vendeurs de rue ne s'aventurent plus. Par rapport à d'autres propositions, reposant par exemple sur des transports communs internes, on s'appuie sur la souplesse du vélo, qui permet de passer presque partout, même au coeur des universités, de s'arrêter à tous moments et tout endroit, avec finalement peu de nouvelles infrastrutures. Le principal point à gérer est la cohabitation avec les piétons, et puis bien sur les voitures qui viennent de l'extérieur, ainsi que la connectivité avec les transports publics de la ville.
Après cette phase extrémiste, nous sommes sensés réussir à formuler une solution unique prenant en compte les différents moyens de transport disponibles, mais cela risque d'être difficile. Le partage de la rue est ici un sujet de crispations!

lundi 23 septembre 2013

Encore un week-end stupide et joyeux, à Mandu. Stupide, car le ratio durée du voyage / temps passé sur place est proche de 1... Mais joyeux, car le voyage fut tout aussi intéressant que la visite des ruines de Mandu: enfermer 120 étudiants dans deux bus défoncés avec des rangées de 5 sièges pendant une trentaine d'heure réparties sur un week-end pluvieux, cela ne peut que contribuer à raffermir les liens sociaux! Et puis découvrir Mandu est quelque chose d'exceptionnel.

Nous partîmes donc vendredi, tard dans la soirée, pour ce qui s'annonçait être une courte nuit de bus. Tout un petit monde d'étudiants arrivait d'un peu partout dans la chaude nuit d'Ahmedabad. L'ambiance des grands départs, pour un petit week-end. Beaucoup de première année, car ce voyage est sensé être une jam, ou confiture. Enfin, avec un peu de retard, tout le monde finit par être plus ou moins assis. Les longues rues désertes d'Ahmedabad sont vite traversées. Puis les bus roulent à vive allure sur une belle autoroute, alors que les passagers, subissant ce manque d'animation, tombent peu à peu dans cet étrangé état de sommeil du voyageur nocturne, cette sensation d'être tout le temps éveillé, mais de voir le temps passer étrangement vite, bercé par le ronronnement du moteur et le défilement du paysage. Mais gare au réveil! A l'aube, le bus est obligé de s'arrêter, car l'autoroute n'est plus. Comme raccordement avec l'ancienne route voisine, un chemin de terre complêtement détrempé par les pluies de la nuit, défoncé par le passage incessant des camions au cours de la nuit. Que faire? Inutile d'espérer ici l'intervention rapide des autorités compétentes... Un tas de brique est repéré un peu plus loin, pour ce qui s'annonce être un futur péage. Nous décidons donc de réparer la route! Avec une organisation digne des plus grands chantiers egyptiens, les ornières sont rapidement rebouchées, alors que les bus passent sous les hourras! de la foule en délire! Le reste du parcours sera assez chaotique, du fait de la pluie. Il y a même eu de la casse à l'arrivée, lorsque le bus tentait de franchir une porte manifestement trop petite: la majestueuse arche de pierre n'a pas bougée, alors que plusieurs vitres du bus se sont cassées, semant la confusion. Bref, tout le monde était assez agité.

Le voyage s'étant fait grâce à la caution culturelle et architecturale des palais de Mandu, nous partons donc à leur découverte, sous un temps assez breton. Pour faire simple, Mandu est une ville crée au 6ème siècle, plusieurs fois conquise et détruite, parfois délaissée voir abandonnée, plusieurs fois capitale de différents états, jusqu'à son abandon total au 18ème siècle (la version compliquée se trouve ici en français, pour les extrémistes, ici en anglais). Aujourd'hui, il ne reste plus que quelques fortifications, de gigantesques palais plus ou moins bien conservés, et d'énorme espaces habités de quelques habitants et de vaches. Il suffit de creuser un peu pour retrouver des fondations de maisons, les rues... Mais à la surface, rien ne paraît, si ce n'est les montagnes de ruines. Si on ajoute un léger voile de brume, l'ambiance devient assez fantômatique. Comment font les gens pour habiter dans cet endroit? C'est en tout cas très impressionnant d'imaginer une ville d'une telle taille, avec de tels bâtiments, abandonnée du jour au lendemain. Cela paraît presque impossible, en fait! Nous passons d'un monument à l'autre, dont la massivité me fait penser aux constructions romaines. Mais alors qu'à Rome, par la vie de la ville, les monuments paraîssent à peu près leurs places, ils semblent être ici parfaitement incongrus tant il est difficile de se représenter la ville avant sa disparition. Dans un language fleuri, cela donnerait à peu près ça: face à nous, de vaste paquebots de pierre perdus dans un océan de verdure.










jeudi 19 septembre 2013


C'était hier soir l'apothéose du Ganesh festival, ou l'expérience d'un folklore total: oubliez vos carnavals, vos ferias, vos tomatinas. Le kitsch, l'implication des habitants, le faste, l'absurdité de cette dernière journée de festival les relèguent au rang de pâle rassemblement pour quelques touristes en manque de divertissement! Des statues de Ganesh arrivent de toute la ville, chargées sur des camions envahis par les gens et la décoration. Un nombre incroyable de tambourgs circulent, donnant à la scène une ambiance presque tribale, ou tout au moins très bruyante. Des danseurs et danseuses rentrent dans des transes frénétiques , puis reviennent à des gestes  plus mesurés au son des percussion, formant souvent de grands cercles. La rue est complêtement bouchée, alors que les camions essaient de se frayer un chemin vers le pont, où les statues doivent être jettées à l'eau.

Mais ne nous emballons et revenons au début. Ganesh, c'est ce dieu mi-homme mi-éléphant, fils de Shiva (le patron) et Parvati. Il est sensé combattre l'ignorance, c'est le dieu de l'intelligence, de l'éducation, du savoir. Selon la tradition, il fut créé à bas d'argile par Parvati, qui s'embêtait très fort alors que son mari était parti faire un trek dans les montagnes pour méditer. Mais quand celui-ci rentra, il trouva ce jeune garçon inconnu dans sa maison, et lui coupa la tête. Parvati, furieuse, demanda alors réparation. Ce qui fut fait de manière tout à fait opportune: un jeune éléphant passant par là, Shiva lui coupa la tête pour la recoller sur le corps de son fils. D'où son corps juvénile, doté d'une tête juvénile.

Le festival est sensé commémorer cette création, traditionnellement en prenant un peu d'argile à coté de sa maison pour en faire une petite statue. Au fil du temps, cette fabrication est devenue une affaire commerciale: grâce à des moules, des plâtres sont fabriqués à la chaîne, puis peint et décoré de couleurs chatoyantes et de brillants. Différentes tailles sont disponibles, de quelques cm à plusieurs mètres. La taille fait d'ailleurs l'objet de compétitions entre les quartiers, chacun cherchant à avoir la plus grosse. A Ahmedabad, la plupart des statues sont fabriqués à Holliwood, un slum qui prend effectivement pendant cette période des allures de décors de cinéma. Le bidonville est alors envahi par des milliers de Ganesh, protégés par des structures provisoires. Jusqu'au point que même la rue qui traverse le slum est envahie... Du jour au lendemain, toutes les statues sont peintes. La couleur du bidonville change alors du blanc cassé au multicolore. Puis un autre jour, elles disparaîssent soudainement, étant envoyées aux différent commanditaires: particuliers, communauté, entreprise, université... La rue paraît alors totalement désertée.

Le jour venu, différentes processions se forment autour des statues disséminées un peu partout, avec force danses, tambourgs et poudres colorées. Puis tout le monde se retrouve au pont, où les statues sont jettées petit à petit, à l'aide d'une dizaine de grues. Le pont est bondé. La statue est chargé sur une petite plateforme, passe au dessus de la foule, puis descend vers la rivière. Là, les hommes situés sur la plateforme la pousse à l'eau. Lentement, elle prend l'eau, alors que le courant l'emporte péniblement. Elle disparaît rapidement de la surface, alors que la plateforme remonte les hommes, accrochés d'une main au cable, les corps moulés par les vêtements humides, à la lumière des lampadaires: une vision presque héroïque!

Et nous, dans tout ça, on a pas mal dansé, on est devenu tout rose, nous avons affirmés venir d'environ cinquantes pays différents en une soirée, et inventés moultes prénoms imprononçables. J'ai beaucoup aimé les camions envahis de gens très excités, traversant la ville de long en large en faisant un bruit d'enfer. La rivière aime peut-être un peu moins les statues, mais bon, elle était déjà verdâtre, elle va peut-être devenir verte. Ce qui était drôle, c'est qu'il n'y avait pas vraiment d'observateurs, de passants, tout le monde était plus ou moins embarqué, sans vraiment savoir comment, dans une danse, un camion, une transe!


mardi 17 septembre 2013


Des vacances à la mer! La petite île de Diu, au sud-ouest d'Ahmedabad, nous a accueilli pour un week-end dédié aux plaisirs de la vie! Tout comme Goa, c'est une ancienne enclave Portugaise, revenue à l'Inde dans les années soixantes au cours d'une transition peu amicale (invasion ou libération, c'est selon). De ce fait, ce sont des états autonomes au sein de l'Union Indienne, avec une législation particulière, notamment par rapport aux taxes, à l'alcool... Mais alors que Goa est une espèce de grande place de fête, aussi bien pour les indiens que pour les étrangers, Diu est restée plus sauvage, plus locale, et ce sont surtout des touristes du Gujarat voisin, l'état dans lequel se situe Ahmedabad, qui viennent passer quelques jours ici. L'alcool est en effet interdit dans cet état, c'est un "dry state", ou état sec.

Nous arrivons après une nuit de "sleeper", une spécialité locale: c'est un bus à couchette, très agréable aux alentours d'Ahmedabad, là où la route est bonne, moins sur les pistes qui mênent à Diu. Un petit pont permet d'accéder à l'île, après le passage de la frontière. Nous, c'est Jonatan, joyeux luron déjà croisé dans une aventure précédente, Matthias, un autre suisse allemand, Derek et Nathaly, deux californiens, et moi. Toutes ces vacanciers trouvent donc un hotel étonnant, dans des bâtiments attenant à une église. Tout est ouvert, nous nous baladons un peu partout, jusqu'à déboucher sur le toit, ou plutôt la voute qui sert de toit. La vue est superbe: Autour de nous, plusieurs autres églises, toutes blanches, se dressent au milieu de la végétation et des maisons colorées. C'est d'ailleurs assez surprenant, tant elles ressemblent aux églises portugaises. Un peu plus loin, le fort portugais, massif et invaincu jusqu'en 1961, et sur le fort, un phare. Derrière, la mer, enfin!

Nous partons donc nous baigner, trouvons une première grande plage, parsemée d'indien déjà bourrés, il est midi. Un peu plus loin, la plage parfaite, isolée au fond d'une petite crique. Plouf! Quelle sensation! La mer est ici suffisament chaude pour y rester à rien faire, et nous nous y prélassons comme dans un salon.
Un succulent petit restaurant nous attend plus loin, où nous nous empiffrons de poissons en tous genre, arrosés de l'inévitable Kingfisher. L'hygiène de vie d'Ahmedabad semble bien loin, et notre régime végétarien/sec en  prend un coup! Nous continuons ainsi de plages en plages, alternant baignades, jeux, lectures et pauses gastronomiques, du matin au soir. Nous croisons un Japonais très tranquille, qui nous dit être ici depuis un peu plus d'un mois, à apprécier la douceur de vie locale. Même les habitants semblent touchés par cet environnement, la langueur semblant être ici un art de vivre.

Un peu écoeurés par notre mollesse, nous nous décidons à aller visiter les caves locales, bien moins travaillées et sophistiquées que celle d'Elora, mais tout aussi impressionnantes? La pierre est ici très jaune, prenant parfois de beaux reflets dorés à la lumière du soleil. Elle est aussi assez poreuse, et le mythe raconte que ces caves ont été creusées par la seule force de la nature. Cela est partiellement vrai, des traces d'outils apparaîssant à de nombreux endroits. Le résulat est étonnant: de gigantesque voûtes naturelles, irrégulières, éclairés par des puits de lumière de formes géométriques. Tout un monde d'ombres et de lumières, de matières, de textures. Et le plus surprenant, c'est qu'au dehors, on ne soupçonne rien: une mince couche de végétation parvient à pousser sur la roche, créant un grand tapis vert écrasé de soleil, simplement percé par endroit par les formes géométriques. Sinon, on va se baigner?

samedi 7 septembre 2013

J'étais invité hier, de même que tous les gens de notre studio (plus ou moins l'équivalent d'une promo en archi, soit ici une trentaine de personnes) à une garden party dans une gigantesque maison en bordure de ville, dans une zone nouvellement construite. C'était assez drôle, car l'accès à la maison, se faisant par une espèce de rue privée, était encore assez malaisé, du fait des chantiers alentours, des matériaux de construction étalés un peu partout, les arbres déracinés. Mais soudainement,dès la grille passée, l'espèce de jungle devenait un jardin luxuriant, avec une fontaine qui m'a beaucoup rappellé celle de la villa moderne de ''Mon Oncle''. Je n'ai pas osé demander si elle était toujours en action... A gauche en entrant dans le hall se trouve un petit temple, un peu plus loin un premier salon, avec canapé blanc à strass, originaire de Chine (ici signe de qualité, comme quoi!) alors qu'un pas japonais permet d'accéder à la salle télé. Au fond, une gigantesque salle à manger, avec une hauteur sous-plafond impressionnant, donnant sur une large loggia à travers un mur courbe largement vitré. Et là, le point godwin est atteint : la toiture de la loggia est supportée par deux massives colonnes grecques, d'un style dorique revisité. 

La seule chose un peu indienne qu'on trouve là, c'est le temple à l'entrée, exhibé comme un bijoux, la nourriture qui nous a été servie, excellente, et le nombre de serveurs pour la servir. 

La maison était très agréable, surtout le beau jardin. Mais je ne sais pas s'il ne serait pas possible de mieux concilier ce qu'on appelle le confort moderne, plutôt d'origine occidentale, et des maisons de types plus indiens ? Il paraît en effet difficile de refuser l'accès à certain standards de confort, sous prétexte qu'ils ne sont pas indiens. Mais il y aurait peut-être une manière plus locale de le faire.

Un type rencontré au Center for Environment Education m'a fait part d'une réflexion intéressante à ce sujet : selon lui, les pays émergents ne devaient pas d'abord chercher à combler leurs retards de développement, puis à mettre en place un développement dit durable, mais bien se mettre au développement durable directement. Un argument souvent mis en avant est le droit à polluer pour les indiens autant que pour les occidentaux. Son idée à lui, c'est qu'en se basant sur un développement conventionnel (plus d'énergie), l'Inde serait toujours dans une position de suivisme, d'imitation. En caricaturant un peu, cela veut dire la clim partout, des voitures à chaque coin de rue, des centres commerciaux comme des champignons et puis dans quelques années, l'utilisation de techniques écolos inventées ailleurs. Cela semble difficilement soutenable : sachant qu'il y a 600 voitures pour 1000 aux Etats-Unis, cela voudrait dire environ 700 millions de voitures pour l'Inde uniquement, à comparer avec le milliard d'automobiles actuellement en circulation dans le monde. Ce n'est pas le fait de posséder des entreprises locales capables de les fabriquer qui change la donne, c'est simplement que ce concept de voiture, inventé dans un autre univers, ne correspond pas à la densité des villes indiennes.
Il faut donc, selon lui, atteindre un certain confort, en inventant de nouvelles solutions, plus adaptées au contexte local. Ou tout simplement en regardant ce qui existe déjà ici. L'Inde pourrait alors trouver une réelle indépendance... facile à dire !

Pour revenir à la maison, ce n'est pas la taille, ou la richesse déployée qui est gênant, mais bien le fait que comme une banlieue américaine, la position de la villa en bordure de ville, en place d'une ancienne forêt, oblige à l'utilisation d'une voiture, annihile toute forme d'urbanité, de possible rencontre. L'air conditionné y règne, alors qu'un haut mur entoure le jardin, lui même cerclé d'un long grillage entourant tout le nouveau quartier. La vie dans un bocal !

lundi 2 septembre 2013

''Cept people''. C'est le nom que donnent les gens qui ne sont pas dans mon université à ceux qui y sont. Cept, ça veut dire Center for environment planning and technology. Mais ce qui est intéressant, c'est surtout comment les étudiants ici s'identifient à l'université. Leur implication est souvent assez impressionnante et donne lieu à un vie associative assez intense ainsi qu'à des événements qui en d'autres lieux pourraient sembler peu compatibles avec le fonctionnement d'une université.
Hier soir ce tenait par exemple une espèce de cérémonie religieuse, Janmashtami, qui célèbre la naissance de Krishna . C'est déjà assez surprenant, venant d'un pays peut-être trop laïc, d'assister à un événement religieux au milieu d'un lieu public. Cependant, en discutant avec différentes personnes, je réalise que la célébration est plus de nature culturelle que religieuse, car alors que la divinité fêtée est hindou, nombre de personnes présentes sont musulmanes ou Jaïns.

L'architecture indienne, qu'elle soit savante ou populaire, s'est fait une spécialité de l'''in-between'', ou l'entre-deux. Souvent, cela prend la forme d'un lieu qui n'est ni complètement extérieur, ni complètement intérieur, à l'abris des intempéries et des grosses chaleurs, mais grand ouvert sur les alentours.
C'est dans un tel espace que se déroule la plupart des manifestations, particulièrement durant la mousson. Pour l'occasion, l'endroit était décoré de guirlandes de noël (chacun ses références), d'une espèce de crèche racontant la naissance, les exploits de Krishna, et d'une statue peinte, suspendue au plafond. On jugerai l'ensemble plutôt criard et de mauvais goût. Mais l'ensemble prend une tournure presque onirique à la nuit tombante : moultes loupiotes sont allumés un peu partout et le coté bling bling et brillant de la décoration prend alors tout son sens.
La cérémonie commence par une danse traditionnelle, qui dérive ensuite vers une chorégraphie de Bolliwood, sur fond de musique entraînante. Les danseurs et danseuses sont assez classes, très habillés. Puis la cérémonie prend une tournure tribale, un tambour se faisant entendre : plusieurs personnes forment un grand cercle, tournant autour de la statue au moyen d'un pas de danse assez compliqué. Quelques personnes entreprennent un chant, que la foule reprend comme un grand murmure.
L'ambiance devient de plus en plus joyeuse alors que de plus en plus de gens rejoignent la ronde. Je suis assez rapidement happée, tentant avec plus ou moins de succès de comprendre le mouvement. Par moment, le tambour s'énerve et la foule rentre dans une sorte de transe incontrôlée. La chaleur, l'humidité commence monter. Puis la ronde reprend. C'est sans fin, jusqu'à minuit, où tout le monde disparaît soudainement.

Dans un registre plus trivial, le lendemain, un concours de pyramide humaine était organisé. Il s'agirait d'un mélange de plusieurs traditions indiennes, toujours pour fêter la naissance de Krishna. Le résultat ressemble plus à une scène géante de bataille de sable. Une piscine est creusée, où tout le monde est jeté à tour de rôle, à grand renfort de braillements. Une fois tombé dans cette eau trouble, la plupart des participants, volontaires ou non, perdent toute notion de propreté et de raison, devenant à leur tour des bourreaux actifs. Une puissante sono, diffusant une soupe planétaire, contribue à l'ambiance bon enfant.
Une pyramide humaine commence à se mettre en place. Le but est d'aller décrocher un pot en terre suspendu assez haut, rempli de lait. Les malheureux acrobates sont copieusement arrosés de sable et d'eau, et à plusieurs reprises, l'ensemble s'écroule dans un bruit sourd. Finalement, ils réussissent. Mais la bataille se poursuit, sans complexe, comme un espèce d’exutoire.

La plupart des gens restent, car l'université semble être ici un ilôt de liberté, d'indépendance. La plupart des étudiants vivent en effet chez leurs parents ou dans des maisons d'hôtes. D'autre part, il y a assez peu de cafés ou de lieux pour se réunir, mis à part quelques parcs. En outre, la pression de la société indienne étant assez forte, il est très rare de croiser un couple non marié dans la rue, ou encore un groupe de filles s'attardant sur un bout de trottoir. La rue est masculine, et les femmes n'y font qu'y passer. D'où l'attachement de beaucoup d'étudiants à leur campus.