Tant de week-end passés à voyager, me direz vous, mais où sont les études?
Comme toute école d'architecture dans le monde, il y a une certaine charge de travail, mais avec ici un rythme assez particulier. Les études sont en effet plus longues, 5 ans de bachelor et 2 de master, au lieu de 3+2 en Europe. De ce fait, il y a ici beaucoup moins de pression par rapport au temps, les dates butoirs ne sont pas ces rendez-vous incontournables, où il faut absolument produire quelque chose, mais plus des indications, avec une certaine souplesse selon les projets, les personnes. L'essentiel est d'avancer dans son projet. Ce qu'il y a de bien la dedans, c'est que cela permet d'organiser son emploi du temps comme on le souhaite, sans avoir peur des lundi difficiles.
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| Ca, c'est mon université! |
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| Ca, c'est un chameau dans mon université |
Le rythme est donc assez changeant selon les moments. Sur les quelques cours que j'ai sélectionné, certains sont cependant nettement plus prennant, autant en intérêt qu'en temps. Avec quelques étudiants en master de "Urban design", nous travaillons par exemple sur les manières de se déplacer à travers le quartier des universités: Les différents instituts et universités d'Ahmedabad occupent des terrains gigantesques, avec finalement très peu de zone utilisée dessus. Du coup, la ville d'Ahmedabad a eu l'excellente idée, pour ses nouvelles universités, de densifier les terrains qu'elle a déjà au lieu d'aller construire en périphérie de la ville. Le problème, c'est que ces gigantesques terrains sont en fait très morcellés, coupés en plein de morceaux, chaque institut ayant un bout de terrain. L'idée, donc, serait de rassembler toutes ces universités pour ne faire qu'une, avec des équipements partagés. Cela permettrait de libérer plus facilement les terrains nécessaires aux nouveaux bâtiments. C'est là qu'on intervient! Dans le cadre d'un séminaire appellé streets for people (La rue pour les gens), nous sommes sensés trouver une manière de se déplacer dans cette université réunie, sachant qu'elle s'étendrai alors sur environ 6 km... Pour le moment, on est dans la phase extrémiste, ou jusqu'au boutiste: différents groupes de travail se mettent en place autour d'un moyen de déplacement, comme unique solution pour les étudiants.
Mon groupe travaille, tiens, sur la bicyclette. Nous devons donc imaginer comment 50000 étudiants vont passer du scooter, du bus, de la voiture au vélo... C'est assez excitant! En tous cas, les indiens n'ont peur de rien! Parce que la situation aujourd'hui est plutôt opposée: déjà, la multitude d'universités existantes sont aujourd'hui refermées sur elles-même, entourées de hauts murs alors que des gardes officient aux entrées... difficile dans ces conditions d'imaginer un campus unifié et ouvert sur la ville. L'obcession sécuritaire est réelle en Inde, il y a des vigiles dans chaque immeuble, magasins, lieux dotés d'une porte. Ensuite, l'image du vélo est très dégradé. Les seules personnes qui pédalent ici sont en général assez agées, masculines et plutôt pauvres (relativement, il faut quand même pouvoir payer un vélo), sur des vélos hors-d'âges. Reste donc les transports en public, assez efficace mais qui pâtit de l'état de ses bus, et un nouveau systême de bus en voie propre, distinct du traditionnel, qui prend de l'ampleur. Mais surtout une nuée de motos et de scooter qui pétaradent et klaxonnent dans tous les sens, et puis en prolongement, une fois un certain niveau de richesse atteind, quelques voitures, de la petite japonaise blanche jusqu'à la grosse allemande noire. Evidemment, pour accomoder tout ce monde, les larges rues ont été transformées en quasi autoroutes, difficilement traversable, mais comme cela ne suffit toujours pas, des fly-overs sont en construction un peu partout. A delhi, ils ont carrément commencé à superposer les fly-overs... Pourtant, il suffit de regarder une statistique pour comprendre que ça ne peut pas marcher: dans les villes indiennes, il y a aujourd'hui environ 70 voitures pour 1000 habitants, et les embouteillages sont déjà quasi permanents. Aux Etats-unis, ils sont à environ 600 voitures, en Europe à 500. La rue indienne est déjà saturée par tout ce qui s'y trouve, il semble difficile d'y ajouter autant de voitures, à part en supprimant tout ce qui fait sa spécificité (bouffe de rue, marchés, vendeurs de thés...bref des lieux de vie!).
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| Une rue moderne, à un arrêt de bus, près de l'université. |
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| Une rue classique, pas encore agrandie. |
Donc notre principal problème, c'est de rendre le vélo attractif pour les étudiants, sans pour autant oublier ceux qui font déjà du vélo. Le principal argument, c'est la dangerosité du traffic. C'est une sorte de prophétie auto-réalisatrice, puisqu'à la place d'un vélo, les gens prennent une voiture, et alimentent ainsi le traffic... Ensuite vient le climat, parfois assez hostile il faut bien le dire: à plus de 40° sur une chaussée noire, difficile de pédaler. Il y a bien quelques routes ombragées, mais la plupart des arbres sont coupés lors des élargissements de route, créant une sorte d'univers stérile où personne, que ce soit les marcheurs, les cyclistes où les vendeurs de rue ne s'aventurent plus. Par rapport à d'autres propositions, reposant par exemple sur des transports communs internes, on s'appuie sur la souplesse du vélo, qui permet de passer presque partout, même au coeur des universités, de s'arrêter à tous moments et tout endroit, avec finalement peu de nouvelles infrastrutures. Le principal point à gérer est la cohabitation avec les piétons, et puis bien sur les voitures qui viennent de l'extérieur, ainsi que la connectivité avec les transports publics de la ville.
Après cette phase extrémiste, nous sommes sensés réussir à formuler une solution unique prenant en compte les différents moyens de transport disponibles, mais cela risque d'être difficile. Le partage de la rue est ici un sujet de crispations!