C'était hier soir l'apothéose du Ganesh festival, ou l'expérience d'un folklore total: oubliez vos carnavals, vos ferias, vos tomatinas. Le kitsch, l'implication des habitants, le faste, l'absurdité de cette dernière journée de festival les relèguent au rang de pâle rassemblement pour quelques touristes en manque de divertissement! Des statues de Ganesh arrivent de toute la ville, chargées sur des camions envahis par les gens et la décoration. Un nombre incroyable de tambourgs circulent, donnant à la scène une ambiance presque tribale, ou tout au moins très bruyante. Des danseurs et danseuses rentrent dans des transes frénétiques , puis reviennent à des gestes plus mesurés au son des percussion, formant souvent de grands cercles. La rue est complêtement bouchée, alors que les camions essaient de se frayer un chemin vers le pont, où les statues doivent être jettées à l'eau.
Mais ne nous emballons et revenons au début. Ganesh, c'est ce dieu mi-homme mi-éléphant, fils de Shiva (le patron) et Parvati. Il est sensé combattre l'ignorance, c'est le dieu de l'intelligence, de l'éducation, du savoir. Selon la tradition, il fut créé à bas d'argile par Parvati, qui s'embêtait très fort alors que son mari était parti faire un trek dans les montagnes pour méditer. Mais quand celui-ci rentra, il trouva ce jeune garçon inconnu dans sa maison, et lui coupa la tête. Parvati, furieuse, demanda alors réparation. Ce qui fut fait de manière tout à fait opportune: un jeune éléphant passant par là, Shiva lui coupa la tête pour la recoller sur le corps de son fils. D'où son corps juvénile, doté d'une tête juvénile.
Le festival est sensé commémorer cette création, traditionnellement en prenant un peu d'argile à coté de sa maison pour en faire une petite statue. Au fil du temps, cette fabrication est devenue une affaire commerciale: grâce à des moules, des plâtres sont fabriqués à la chaîne, puis peint et décoré de couleurs chatoyantes et de brillants. Différentes tailles sont disponibles, de quelques cm à plusieurs mètres. La taille fait d'ailleurs l'objet de compétitions entre les quartiers, chacun cherchant à avoir la plus grosse. A Ahmedabad, la plupart des statues sont fabriqués à Holliwood, un slum qui prend effectivement pendant cette période des allures de décors de cinéma. Le bidonville est alors envahi par des milliers de Ganesh, protégés par des structures provisoires. Jusqu'au point que même la rue qui traverse le slum est envahie... Du jour au lendemain, toutes les statues sont peintes. La couleur du bidonville change alors du blanc cassé au multicolore. Puis un autre jour, elles disparaîssent soudainement, étant envoyées aux différent commanditaires: particuliers, communauté, entreprise, université... La rue paraît alors totalement désertée.
Le jour venu, différentes processions se forment autour des statues disséminées un peu partout, avec force danses, tambourgs et poudres colorées. Puis tout le monde se retrouve au pont, où les statues sont jettées petit à petit, à l'aide d'une dizaine de grues. Le pont est bondé. La statue est chargé sur une petite plateforme, passe au dessus de la foule, puis descend vers la rivière. Là, les hommes situés sur la plateforme la pousse à l'eau. Lentement, elle prend l'eau, alors que le courant l'emporte péniblement. Elle disparaît rapidement de la surface, alors que la plateforme remonte les hommes, accrochés d'une main au cable, les corps moulés par les vêtements humides, à la lumière des lampadaires: une vision presque héroïque!
Et nous, dans tout ça, on a pas mal dansé, on est devenu tout rose, nous avons affirmés venir d'environ cinquantes pays différents en une soirée, et inventés moultes prénoms imprononçables. J'ai beaucoup aimé les camions envahis de gens très excités, traversant la ville de long en large en faisant un bruit d'enfer. La rivière aime peut-être un peu moins les statues, mais bon, elle était déjà verdâtre, elle va peut-être devenir verte. Ce qui était drôle, c'est qu'il n'y avait pas vraiment d'observateurs, de passants, tout le monde était plus ou moins embarqué, sans vraiment savoir comment, dans une danse, un camion, une transe!
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