''Cept people''. C'est le nom que donnent
les gens qui ne sont pas dans mon université à ceux qui y sont.
Cept, ça veut dire Center for environment planning and technology.
Mais ce qui est intéressant, c'est surtout comment les étudiants
ici s'identifient à l'université. Leur implication est souvent
assez impressionnante et donne lieu à un vie associative assez
intense ainsi qu'à des événements qui en d'autres lieux pourraient
sembler peu compatibles avec le fonctionnement d'une université.
Hier soir ce tenait par exemple une
espèce de cérémonie religieuse, Janmashtami, qui célèbre la
naissance de Krishna . C'est déjà assez surprenant, venant d'un
pays peut-être trop laïc, d'assister à un événement religieux au
milieu d'un lieu public. Cependant, en discutant avec différentes
personnes, je réalise que la célébration est plus de nature
culturelle que religieuse, car alors que la divinité fêtée est
hindou, nombre de personnes présentes sont musulmanes ou Jaïns.
L'architecture indienne, qu'elle soit
savante ou populaire, s'est fait une spécialité de
l'''in-between'', ou l'entre-deux. Souvent, cela prend la forme d'un
lieu qui n'est ni complètement extérieur, ni complètement
intérieur, à l'abris des intempéries et des grosses chaleurs, mais
grand ouvert sur les alentours.
C'est dans un tel espace que se déroule
la plupart des manifestations, particulièrement durant la mousson.
Pour l'occasion, l'endroit était décoré de guirlandes de noël
(chacun ses références), d'une espèce de crèche racontant la
naissance, les exploits de Krishna, et d'une statue peinte, suspendue
au plafond. On jugerai l'ensemble plutôt criard et de mauvais goût.
Mais l'ensemble prend une tournure presque onirique à la nuit
tombante : moultes loupiotes sont allumés un peu partout et le
coté bling bling et brillant de la décoration prend alors tout son
sens.
La cérémonie commence par une danse
traditionnelle, qui dérive ensuite vers une chorégraphie de
Bolliwood, sur fond de musique entraînante. Les danseurs et
danseuses sont assez classes, très habillés. Puis la cérémonie
prend une tournure tribale, un tambour se faisant entendre :
plusieurs personnes forment un grand cercle, tournant autour de la
statue au moyen d'un pas de danse assez compliqué. Quelques
personnes entreprennent un chant, que la foule reprend comme un grand
murmure.
L'ambiance devient de plus en plus
joyeuse alors que de plus en plus de gens rejoignent la ronde. Je
suis assez rapidement happée, tentant avec plus ou moins de succès
de comprendre le mouvement. Par moment, le tambour s'énerve et la
foule rentre dans une sorte de transe incontrôlée. La chaleur,
l'humidité commence monter. Puis la ronde reprend. C'est sans fin,
jusqu'à minuit, où tout le monde disparaît soudainement.
Dans un registre plus trivial, le
lendemain, un concours de pyramide humaine était organisé. Il
s'agirait d'un mélange de plusieurs traditions indiennes, toujours
pour fêter la naissance de Krishna. Le résultat ressemble plus à
une scène géante de bataille de sable. Une piscine est creusée, où
tout le monde est jeté à tour de rôle, à grand renfort de
braillements. Une fois tombé dans cette eau trouble, la plupart des
participants, volontaires ou non, perdent toute notion de propreté
et de raison, devenant à leur tour des bourreaux actifs. Une
puissante sono, diffusant une soupe planétaire, contribue à
l'ambiance bon enfant.
Une pyramide humaine commence à se
mettre en place. Le but est d'aller décrocher un pot en terre
suspendu assez haut, rempli de lait. Les malheureux acrobates sont
copieusement arrosés de sable et d'eau, et à plusieurs reprises,
l'ensemble s'écroule dans un bruit sourd. Finalement, ils
réussissent. Mais la bataille se poursuit, sans complexe, comme un
espèce d’exutoire.
La plupart des gens restent, car
l'université semble être ici un ilôt de liberté, d'indépendance.
La plupart des étudiants vivent en effet chez leurs parents ou dans
des maisons d'hôtes. D'autre part, il y a assez peu de cafés ou de
lieux pour se réunir, mis à part quelques parcs. En outre, la
pression de la société indienne étant assez forte, il est très
rare de croiser un couple non marié dans la rue, ou encore un groupe
de filles s'attardant sur un bout de trottoir. La rue est masculine,
et les femmes n'y font qu'y passer. D'où l'attachement de beaucoup
d'étudiants à leur campus.
J'aime l'expression l'inbetween indien, le ni oui ni non des normands : rapprocher nos contrées ?
RépondreSupprimerIci rentrée des petits et des grands et fraîcheur en soirée... l'été avance...