lundi 2 septembre 2013

''Cept people''. C'est le nom que donnent les gens qui ne sont pas dans mon université à ceux qui y sont. Cept, ça veut dire Center for environment planning and technology. Mais ce qui est intéressant, c'est surtout comment les étudiants ici s'identifient à l'université. Leur implication est souvent assez impressionnante et donne lieu à un vie associative assez intense ainsi qu'à des événements qui en d'autres lieux pourraient sembler peu compatibles avec le fonctionnement d'une université.
Hier soir ce tenait par exemple une espèce de cérémonie religieuse, Janmashtami, qui célèbre la naissance de Krishna . C'est déjà assez surprenant, venant d'un pays peut-être trop laïc, d'assister à un événement religieux au milieu d'un lieu public. Cependant, en discutant avec différentes personnes, je réalise que la célébration est plus de nature culturelle que religieuse, car alors que la divinité fêtée est hindou, nombre de personnes présentes sont musulmanes ou Jaïns.

L'architecture indienne, qu'elle soit savante ou populaire, s'est fait une spécialité de l'''in-between'', ou l'entre-deux. Souvent, cela prend la forme d'un lieu qui n'est ni complètement extérieur, ni complètement intérieur, à l'abris des intempéries et des grosses chaleurs, mais grand ouvert sur les alentours.
C'est dans un tel espace que se déroule la plupart des manifestations, particulièrement durant la mousson. Pour l'occasion, l'endroit était décoré de guirlandes de noël (chacun ses références), d'une espèce de crèche racontant la naissance, les exploits de Krishna, et d'une statue peinte, suspendue au plafond. On jugerai l'ensemble plutôt criard et de mauvais goût. Mais l'ensemble prend une tournure presque onirique à la nuit tombante : moultes loupiotes sont allumés un peu partout et le coté bling bling et brillant de la décoration prend alors tout son sens.
La cérémonie commence par une danse traditionnelle, qui dérive ensuite vers une chorégraphie de Bolliwood, sur fond de musique entraînante. Les danseurs et danseuses sont assez classes, très habillés. Puis la cérémonie prend une tournure tribale, un tambour se faisant entendre : plusieurs personnes forment un grand cercle, tournant autour de la statue au moyen d'un pas de danse assez compliqué. Quelques personnes entreprennent un chant, que la foule reprend comme un grand murmure.
L'ambiance devient de plus en plus joyeuse alors que de plus en plus de gens rejoignent la ronde. Je suis assez rapidement happée, tentant avec plus ou moins de succès de comprendre le mouvement. Par moment, le tambour s'énerve et la foule rentre dans une sorte de transe incontrôlée. La chaleur, l'humidité commence monter. Puis la ronde reprend. C'est sans fin, jusqu'à minuit, où tout le monde disparaît soudainement.

Dans un registre plus trivial, le lendemain, un concours de pyramide humaine était organisé. Il s'agirait d'un mélange de plusieurs traditions indiennes, toujours pour fêter la naissance de Krishna. Le résultat ressemble plus à une scène géante de bataille de sable. Une piscine est creusée, où tout le monde est jeté à tour de rôle, à grand renfort de braillements. Une fois tombé dans cette eau trouble, la plupart des participants, volontaires ou non, perdent toute notion de propreté et de raison, devenant à leur tour des bourreaux actifs. Une puissante sono, diffusant une soupe planétaire, contribue à l'ambiance bon enfant.
Une pyramide humaine commence à se mettre en place. Le but est d'aller décrocher un pot en terre suspendu assez haut, rempli de lait. Les malheureux acrobates sont copieusement arrosés de sable et d'eau, et à plusieurs reprises, l'ensemble s'écroule dans un bruit sourd. Finalement, ils réussissent. Mais la bataille se poursuit, sans complexe, comme un espèce d’exutoire.

La plupart des gens restent, car l'université semble être ici un ilôt de liberté, d'indépendance. La plupart des étudiants vivent en effet chez leurs parents ou dans des maisons d'hôtes. D'autre part, il y a assez peu de cafés ou de lieux pour se réunir, mis à part quelques parcs. En outre, la pression de la société indienne étant assez forte, il est très rare de croiser un couple non marié dans la rue, ou encore un groupe de filles s'attardant sur un bout de trottoir. La rue est masculine, et les femmes n'y font qu'y passer. D'où l'attachement de beaucoup d'étudiants à leur campus.


1 commentaire:

  1. J'aime l'expression l'inbetween indien, le ni oui ni non des normands : rapprocher nos contrées ?
    Ici rentrée des petits et des grands et fraîcheur en soirée... l'été avance...

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