mercredi 31 juillet 2013

Une belle découverte aujourd'hui, nommée Sarkhej. Un ancien village, entrain d'être rattrapé par la banlieue d'Ahmedabad: tout autour, les tours poussent comme des champignons, et comme le sol est très plat, les bâtiments semblent juste posés au milieu d'une grande étendue plus ou moins cultivée ou herbacée. Au final, cela ressemble beaucoup aux photos que l'on peut voir des grands ensembles en Europe, juste après leur construction: une grande route, de grandes constructions dans des espaces géants, mais pas encore aménagés pour accueillir le public. L'ambiance est donc assez étrange, presque désertique, sauf aux abords directs de la route où alternent taudis de migrants et petites industries.

Et puis au milieu de tout ça, un marais, qui ressemble plus ici à lac, du fait de la mousson. A coté de ce lac, une succession de souverains plus ou moins locaux - les frontières des anciens royaumes étant très mouvantes, un chef local pouvait rapidement devenir maître d'un grand territoire - a fait construire une série de mausolées, de mosquées et de temples. Mais le plus impressionnant est un énorme bassin, entouré de grandes volées d'escaliers, excavé au 16ème siècle! Les différents monuments s'organisent autour de cette grande cuvette. D'après les dires des locaux, il le plus souvent vide, sec, sauf certaines années, en cas de très grande pluie: la dernière mise en eau a eu lieu 7 années auparavant. Mais, nous sommes chanceux et le niveau d'eau est cette année exceptionnellement eau, alimenté par le trop-plein du lac voisin.

Le paysage devient alors très romantique, entre ruines et reflets... Les escaliers plongent dans l'eau, les colonnades se dressent fasse à elle, et puis les différents bâtiments semblent rentrer en résonance, former une sorte de jeu. Enfin, le silence, complet pour une fois, pas même le bourdonnement de la ville: une sensation rare ici! Très peu de gens, quelques jeunes baigneurs intrépides, vu la couleur de l'eau, là où elle est sensée être la plus propre, tout près du très beau trop plein du lac, espèce de porte entre un marais sauvage et un bassin très humain. Des vaches aussi, qui se baignent, prenant l'apparence d’hippopotames. La plupart des gens qui viennent ici sont des habitants des slums voisins, qui profitent de la fraicheur des ruines ou viennent puiser de l'eau au plus proche. Cela tient plus du grand terrain de jeu que de notre conception du site historique aseptisé. L'ambiance générale n'en est que plus étrange, à mi-chemin entre terrain vague et monument.







 

vendredi 26 juillet 2013


Quelle université! La séléction des cours a eu lieu la semaine dernière, prenant la forme d'une sorte d'énorme chaos où tout le monde va d'un bout à l'autre de l'université afin de savoir où il doit aller pour obtenir tels ou tels cours... Sauf nous, étudiants en échange! Vu qu'on est qu'une dizaine, on a eu le droit de passer devant tout le monde. Mais, c'était sans compter sur le fait que certains cours étaient trop demandées... Le lendemain, aucun passe-droit ne nous a été accordé et on a du faire comme tout le monde pour trouver des places libres...
Comme méthode d'inscription, c'est nettement plus convivial que la froideur et la rigidité du système informatique européen. C'est un bon moyen pour faire se rencontrer des gens partageant des intérêts communs, tout en permettant aux étudiants de développer leurs compétences d'un point de vue débrouille.

Au final, je me retrouve dans un studio un peu nul, avec tous les autres étudiants internationaux (pour ça, on avait pas trop le choix, il y a un seul studio par semestre) où le prof est une sorte de gourou parlant de la beauté: il lance une banalité monstrueuse, du style "L’Architecture, c'est ce qui protège" en parlant le moins fort possible afin qu'on soit tous obligés de s'approcher pour entendre. Puis quelques instants de silence, le regard qui porte loin, bien au dessus des têtes des étudiants. D'une manière générale, tous les profs masculins que j'ai rencontré jusqu'alors sont dans ce style, avec des cas plus ou moins graves.

Heureusement, je choisis tous mes autres cours, peu importe le niveau. Je me retrouve parfois avec des 1ères années, parfois avec des doctorants... C'est assez déstabilisant, mais intéressant: Je réalise la progression, parfois la perversion, notamment au niveau du vocabulaire: autant il est facile de parler d'architecture avec les débutants, autant ça devient impossible avec des gens plus expérimentés. Restons compréhensibles!

Donc, j'ai un cours sur la réparation des structures en Béton armé, acier abimées, lié à la faculté de technologie: je suis le seul archi tombé dans le traquenard, c'est à dire que c'est très intéressant, mais devient difficilement compréhensible quand la discussion porte sur des réactions chimiques internes au béton. Enfin, j'essaie d'en tirer le plus possible!
Il y a ensuite un séminaire appelé Streets for people, où l'on s'intéresse à la rue, aux modes de déplacement, à l'économie informelle (les bouis bouis en bords de route). Tout cela avec des profs, des étudiants qui viennent de toute l'Inde (car déjà diplomés) et des pros. C'est bien parti!
Après, je m'essaie au modelage de l'argile, de manière plus ou moins agile, mais aussi au modelage du territoire, dans un cour appellé Landscape Engineering.

De manière générale, ce qui est bien, c'est qu'on peut choisir des cours en dehors de l'architecture. Ca fait du bien! Ensuite, au niveau de la pédagogie, c'est assez étrange. Cela va d'un extrême à l'autre: du gourou barbu décrit plus haut, parfois très intéressant, parfois pesant, aux séminaires qui prennent la forme de débat, de discussion, où les étudiant apportent véritablement quelque chose, participent à des projets concrets. C'est peut-être ce qui est bien dans un pays comme l'Inde: il y a tellement de choses à mettre en place que les universités n'ont pas peur de travailler sur des projets qui seraient en Europe jalousement protégés par les agences.

Désolé pour le peu de photos, mais ma connexion internet est aléatoire pour le moment!

lundi 22 juillet 2013




Premiers jours dans notre appartement: deux belges flamands, Loic et Eva, deux indiennes, Ranita et ... - pas encore rencontrée - et moi-meme avons trouvé un superbe appartement, avec des demi-niveaux, des doubles hauteurs, une grande terrasse, une belle vue sur Ahmedabad, un espèce de reve d'architecte en quelque sorte! Avec, en prime, un type qui appuie sur les boutons de l'ascenceur.
Avec les deux belges, on commence alors à laver l'appart, qui est un peu crade, quand, un peu plus tard, Ranita arrive. Elle se moque alors de nous, et nous explique qu'ici tout le monde a une maid... Sauf qu'on est dimanche après-midi. "Pas de problèmes, on est en Inde" nous dit-elle. Une vingtaine de minutes plus tard, une dame arrive et commence à nettoyer l'appartement?! En fait, où que l'on aille, ce qui est frappant, c'est le nombre de gens qui travaille pour servir peu de gens: dans les restaurants par exemple, il n'est pas rare qu'il y ait plus de serveurs que de mangeurs. Et tous ces gens semblent toujours disponibles. Ca devient meme parfois dérangeant par la manière dont certains indiens semblent disposer d'autres indiens, parfois sans aucune considération. Ainsi, le propriétaire de notre appartement, qui a 14 personnes à son service, souhaite se séparer d'un de ses serviteurs. Il nous le propose, en expliquant qu'on peut lui aménager un coin dans la cuisine.
Pour notre part, libérés de nos taches domestiques, nous marchons vers la vieille ville, et nous rentrons, un peu par hasard, dans la grande mosquée. Et là, surprise, un gigantesque pique-nique nocture - il fait nuit tot - est organisé dans la gigantesque cour de la mosquée. On se balade au milieux de tous ces gens, un peu genés, puis un barbu me propose finalement de venir partager le repas de se famille, avant que ce qu'on apprendra etre son frère fasse le meme accueil à mes deux compagnons belges. J'apprends qu'ils se réunissent ici tous les dimanches soir, spécialament pendant le ramadan. Puis vient la présentation de la famille, je présente la mienne, puis la question "Christian?". Pour ne pas prendre de risques, je réponds par l'affirmative. Puis un type fait le muezzin local se fait entendre, et toutes ses filles, qui étaient jusqu'alors voilées de noir, laissent apparaitre leurs cheveux et arborent des saris plutot colorés. Une des filles, ayant repérer mon expression interloquée, tente de m'expliquer le principe avec force gestes, sans succès. Donc si un quelqu'un a la réponse?

mardi 16 juillet 2013

J'ai lu qu'en France, Ayrault lançait une réforme afin de simplifier les formalités administratives... L'administration autochtone ferait bien de s'en inspirer: au bureau d'enregistrement des étrangers, qu'il faut malheureusement fréquenter quand on souhaite rester plus de 6 mois, un policier zélé m'a demandé un de remplir un formulaire en 5 exemplaires, assorti de 7 photos d'identités... Je crois qu'un record vient d'être battu!

Heureusement, cette journée ne se limita pas à ce détail: la pluie, elle aussi, semble vouloir faire du zèle, et partout apparaîssent de gigantesques flaques, que les gens semblent ignorer, qu'ils soient en vélo, à pied ou en voiture... En fait, la ville devient presque plus agréable à ce moment, car le bruit de la circulation est couvert par celui de la pluie, et l'air devient frais, avec une sympathique odeur de terre mouillée... Quand on est à ce moment précis dans un rickshaw, c'est le comble du luxe, abrité mais dehors.


Toute la ville devient alors un peu brumeuse, tamisée. Enfin, l'impression d'un bazar général demeure: vraiment, que ce soit dans la ville nouvelle ou la vieille ville (vous pourrez ici admirer le procédé stylistique), la seule règle urbanistique qui semble exister est le ruban d'asphalte, où des chauffeurs, ou plutôt chauffards, se livrent une bataille forcenée pour le contrôle de la route. C'est à qui klaxonnera le plus longtemps! Autour de ça, parfois des trottoirs et des arbres, parfois des terrains vagues, des tours à coté de slums (bidonvilles), de vieilles maisons qui s'écroulent entourés d'immeubles modernes déjà délabrés. Mais partout, des gens, des vendeurs de thé, de bouffe de rue, de babioles sur les trottoirs, des bureaux là où on imaginait un immeuble en cours de démolition, beaucoup de mendiants aussi. Ce qui est assez frappant, c'est la dignité qu'ont toutes ces personnes de conditions très différentes.

En fait, le seul quartier qu'en toute bonne foi je peux dénommer agréable est le quartier des universités, le plus aéré de la ville, avec de grands espaces arborés et un moindre bruit dès qu'on pénètre dans un campus. Celui de l'IIM, l'Indian Institute of Management, qui serait en France l'équivalent de Science Po, ENA et HEC réunis est le plus impressionnant. Une sorte de temple de la brique, par Louis Kahn, promoteur d'une certaine monumentalité et atemporalité de l'architecture.




samedi 13 juillet 2013

Découverte, hier soir, d'un espèce de raout familial, toujours avec Diken. Un des membres de sa famille, émigrée aux Etats-Unis, offrait une sorte de grand buffet à toute sa famille, sa famille proche selon Diken - une soixantaine de personnes environ - afin de célébrer ses vacances en Inde. Pour l'occasion, un grand chapiteau  est loué, juste à coté d'un temple honorant un dieu au nom imprononçable et non écrivable.

Il y avait donc là toutes les générations réunies, les femmes et les enfants d'un coté, les hommes de l'autre, et tout ce monde parle vite et en Gujarati, la langue locale. Je ne comprend donc absolument rien, Diken me traduit de temps en temps, mais je passe la plupart de mon temps à observer les expressions de tous ces bons hommes, plutôt ventrus, qui sont assez comiques.


Après un repas buffet avec pleins de trucs trop bons (laissez tomber le curry!), l'un des vieux me passe un sachet contenant des gravillons rosâtres un peu poussiéreux. Je tente. Ca croustille dans la bouche, comme quand on avale du sable, puis un air frais d'anis envahit la bouche, salvateur après l'aspect épicé de la cuisine du coin. J'essaie de leur expliquer le principe du pastis, et conclut sur le fait que j'aime bien son sachet. Lui et ses congénères se moquent alors de moi, en m'expliquant que c'est un espèce de médicament digestif...





jeudi 11 juillet 2013

Aujourd'hui, rencontre avec Diken, un sympathique indien, qui travaille dans la finance, je n'ai pas exactement compris pour qui ni pour quoi... Enfin, après avoir appris que j'étais étudiant en architecture, il m'emmène voir la maison de ses grand-parents, située dans un Pod. Un pod, c'est une sorte de village, de communauté de vie. Il y a encore 50 ans, le pod de ses grands-parents était situé en pleine campagne, il est désormais en plein milieu de la nouvelle ville! Mais l'impression de communauté reste, les petites et vieilles maison de bois s'ouvrant sur une série de placettes, au nom des familles habitant autour. Du coup, tout est ouvert, tout le monde se parle d'un étage à l'autre, c'est une sorte de Marius et Jeannette sur un autre continent!
Puis nous allons voir un mall flambant neuf, comme il en existe partout dans le monde. Le contraste est impressionnant, j'ai l'impression de passer d'un pays à l'autre. Diken m'explique qu'il aime ces deux Indes, qu'ici, tout le monde vit entre tradition et développement, et que peut-être un jour il ira vivre dans la maison de ses grand-parents, et la rénovera.
Rien de plus clair, pour exprimer cette idée, que le diner que nous avons pris: direction le domino's pizza, du coin. Quelle idée, me direz-vous, d'aller manger là-bas quand on est en Inde. Sauf qu'il s'agit d'un domino's pizza revisité, qui a un peu tendance à vous rester dans la bouche tellement les pizzas sont épicées!

mardi 9 juillet 2013

Deux premiers jours en Inde

Quel Bazar! Même en pleine nuit, les rues sont bondées... Après une courte nuit, découverte de la ville de jour, encore plus bruyante et grouillante. Je me perds totalement dans la ville, saluant les gens qui n'arrêtent pas de vouloir me parler, essayant de comprendre ce qu'ils me disent dans un anglais exotique. Finalement, je traverse la rivière pour tenter de trouver ma futur université, après un heure de marche (infructueuse, sans carte...) et un rickshaw (plus efficace), j'y arrive enfin! Lieu très agréable, surtout de par son silence. En sortant, je rencontre Aarsch, étudiant en informatique. Il me demande où je vais. Quand je lui dis mon intention de retourner vers la vieille ville à pied, il rigole (les indiens marche peu, et la ville est énorme), puis me propose de me ramener en moto. Finalement, nous passons la soirée ensemble, il me fait découvrir différents lieux agréables de la ville. Vraiment, les Indiens que j'ai rencontrés jusqu'alors sont toujours très avenants et sympathiques. De quoi être optimiste pour la suite du voyage!
Voila un nouveau blog au nom compliqué pour donner quelques nouvelles et des preuves de vie. J'essaierai de vous y conter des aventures indiennes et de vous faire voyager, sans tout dévoiler non plus... De toute façon, il serait présomptueux de croire que je pourrai moi même tout comprendre!