J'étais invité hier, de même que
tous les gens de notre studio (plus ou moins l'équivalent d'une
promo en archi, soit ici une trentaine de personnes) à une garden
party dans une gigantesque maison en bordure de ville, dans une zone
nouvellement construite. C'était assez drôle, car l'accès à la
maison, se faisant par une espèce de rue privée, était encore
assez malaisé, du fait des chantiers alentours, des matériaux de
construction étalés un peu partout, les arbres déracinés. Mais
soudainement,dès la grille passée, l'espèce de jungle devenait un
jardin luxuriant, avec une fontaine qui m'a beaucoup rappellé celle
de la villa moderne de ''Mon Oncle''. Je n'ai pas osé demander si
elle était toujours en action... A gauche en entrant dans le hall se
trouve un petit temple, un peu plus loin un premier salon, avec
canapé blanc à strass, originaire de Chine (ici signe de qualité,
comme quoi!) alors qu'un pas japonais permet d'accéder à la salle
télé. Au fond, une gigantesque salle à manger, avec une hauteur
sous-plafond impressionnant, donnant sur une large loggia à travers
un mur courbe largement vitré. Et là, le point godwin est atteint :
la toiture de la loggia est supportée par deux massives colonnes
grecques, d'un style dorique revisité.
La seule chose un peu indienne qu'on
trouve là, c'est le temple à l'entrée, exhibé comme un bijoux, la
nourriture qui nous a été servie, excellente, et le nombre de
serveurs pour la servir.
La maison était très agréable,
surtout le beau jardin. Mais je ne sais pas s'il ne serait pas
possible de mieux concilier ce qu'on appelle le confort moderne,
plutôt d'origine occidentale, et des maisons de types plus indiens ?
Il paraît en effet difficile de refuser l'accès à certain
standards de confort, sous prétexte qu'ils ne sont pas indiens. Mais
il y aurait peut-être une manière plus locale de le faire.
Un type rencontré au Center for
Environment Education m'a fait part d'une réflexion intéressante à
ce sujet : selon lui, les pays émergents ne devaient pas
d'abord chercher à combler leurs retards de développement, puis à
mettre en place un développement dit durable, mais bien se mettre au
développement durable directement. Un argument souvent mis en avant
est le droit à polluer pour les indiens autant que pour les
occidentaux. Son idée à lui, c'est qu'en se basant sur un
développement conventionnel (plus d'énergie), l'Inde serait
toujours dans une position de suivisme, d'imitation. En caricaturant
un peu, cela veut dire la clim partout, des voitures à chaque coin
de rue, des centres commerciaux comme des champignons et puis dans
quelques années, l'utilisation de techniques écolos inventées
ailleurs. Cela semble difficilement soutenable : sachant qu'il y
a 600 voitures pour 1000 aux Etats-Unis, cela voudrait dire environ
700 millions de voitures pour l'Inde uniquement, à comparer avec le
milliard d'automobiles actuellement en circulation dans le monde. Ce
n'est pas le fait de posséder des entreprises locales capables de
les fabriquer qui change la donne, c'est simplement que ce concept de
voiture, inventé dans un autre univers, ne correspond pas à la
densité des villes indiennes.
Il faut donc, selon lui, atteindre un
certain confort, en inventant de nouvelles solutions, plus adaptées
au contexte local. Ou tout simplement en regardant ce qui existe déjà
ici. L'Inde pourrait alors trouver une réelle indépendance...
facile à dire !
Pour revenir à la maison, ce n'est pas
la taille, ou la richesse déployée qui est gênant, mais bien le
fait que comme une banlieue américaine, la position de la villa en
bordure de ville, en place d'une ancienne forêt, oblige à
l'utilisation d'une voiture, annihile toute forme d'urbanité, de
possible rencontre. L'air conditionné y règne, alors qu'un haut mur
entoure le jardin, lui même cerclé d'un long grillage
entourant tout le nouveau quartier. La vie dans un bocal !
A lire: Amartya Sen, The argumentative Indian, intéressant pour faire des rapprochements entre culture occidentale rationaliste et traditions culturelles indiennes qui ne sont pas seulement de l'ordre de la spiritualité... Enfin, moi j'ai trouvé intéressant pour éviter le bipolarisme.
RépondreSupprimerT'as de la chance de pouvoir observer sur place!
Evites nous tes analyses politiques!! Contentes-toi d'étudier...
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