vendredi 13 décembre 2013

La gare de Kochi est au milieu de la ville nouvelle. Un bateau nous emmène rapidement (un fleuve plus loin) pour arriver à fort Kochi, un espèce de fantasme de ville Indienne, un lieu presque idéal pour les touristes que nous sommes. Ancien comptoir portugais, puis hollandais et pour finir évidemment anglais, c'est un espèce mélange entre une culture locale très spécifique, la culture Keralaise, indienne et puis européenne.

Le sentiment en arrivant, comme un peu partout dans le Kerala, c'est la quiétude des gens, leur tranquillité. Les hommes et les femmes papotent un peu partout, à l'ombre des palmiers, assis devant leurs maisons. Un peu comme à Jodpur, je ressens ici une certaine douceur de vivre, un relachement agréable à vivre.

Je n'ai pas l'impression de voir ici, peut-être est-ce une erreur, la misère, la violence, la lourdeur que j'ai parfois aperçu ailleurs. Ici, les relations semblent appaisées. La campagne pourrait presque paraître idyllique: une sorte de village continu (le Kerala est un des états les plus denses de l'Inde), fait de petites et grandes maisons à l'abris des cocotiers et des bananiers. La mer et le poisson ne sont jamais très loins... Il y a des enfants partout, et à l'heure de la fin des cours, ils envahissent tout le paysage avec leurs uniformes plus ou moins réussis.

Kochi est sur ce point remarquable: la moitié de la ville paraît être occupée par des écoles et des universités, aussi bien pour garçons que pour filles, ou mixtes. Là, les portugais ne sont pas loin... La plupart de ces écoles sont liées à des missions catholiques, ce qu'il fait qu'il y a aussi des églises un peu partout. Cet effort a été poursuivi depuis l'indépendance, ce qui fait que le Kerala est aujourd'hui l'état le plus alphabétisé de l'inde. L'éducation est en effet ici en partie une compétence locale, non centralisée. La conséquence, c'est que vers deux ou trois heures, Kochi se transforme en un gigantesque terrain de jeux, des balles volant un peu partout. Fait singulier, ici, même les filles touchent un peu au cricket, restent à parler entres elles après l'école et, chose prodigieuse, font du vélo. Ailleurs, c'est en général bien si elles vont à l'école, et pas question de trainer dehors quand celle-ci est finit! Ce doux laissé-aller est peut-être du à la chrétienté ambiante, qui donne un certain statut à la femme, plus enviable en général que dans la plupart des formes d'hindouisme. Il y a aussi évidemment l'éducation.

Et puis il y a un systême local de royauté assez fantastique et peut-être unique. Kochi fut jusqu' à l'indépendance le siège d'un royaume dont les limites fluctuèrent beaucoup, comme d'habitude en Inde. Mais en lieu et place d'une filiation classique, l'héritage s'effectuait ici par la mère (ou la femme de l'actuel roi). C'est à dire que c'est le neveu de celle-ci, ou à défaut son frère qui devenait roi et non son propre fils. De plus, une fois devenu roi, celui-ci n'a pas tous les pouvoirs, par exemple la propriété de l'immense domaine royal est collective. Par ailleurs, les femmes pouvaient parfois assurer les fonctions de régentes. De ce fait, elles ont toujours eu un certain pouvoir, sont aussi éduquées que les hommes et jouissaient d'une grande liberté de mouvement. Ce systême fut mis à mal par les anglais, principalement du fait d'un code stipulant que la propriété est individuelle... Mais cet héritage semble avoir laissé des traces!
Et puis à Kochi, il y a aussi des juifs, des musulmans, des indous, des jains, des bouddistes et tout ce monde cohabite dans la paix. Ca, c'est l'effet Inde!
Et puis partout, de petites rues, de petites maisons, des filets de pêches avec des pêcheurs le long de la cote, des jardins, peu de voitures, des plages pas trop loin, le soleil.

Et puis il y a aussi les touristes en short/tongues, avec tout ce qui va avec: petites terrasses de café, auberges, galeries d'arts comptant pour rien... Me voilà une fois de plus confronté à un débat interne!
Ce qu'il y a de bien avec les villes touristiques, c'est qu'on peut jouer à être indien sans trop se mouiller... La bouffe est indienne, d'accord, mais pas trop épicée, et puis sur une terrasse tranquille, arborée. C'est assez doux, plaisant et finalement très rassurant. Mais on s'y laisse un peu trop bercer, on s'y endort, et si on ne fait pas intention, on passe à coté des indiens sans les appercevoir, sans les reconnaître. L'Inde, ce ne sera qu'un chauffeur de rickshaw, une sortie de classe un souvenir dans un magasin d'antiquités, quelques photos, des serveurs sympas, un peu de bouffe et quelques temples.

D'un autre coté, quand on veut la jouer indienne, on se retrouve à boire un tchaï sur un bord de route. Difficile alors de ne pas regretter le calme et la volupté du café pour touristes, allongé au bord de l'eau.
Les deux correspondent à un mode de vie: le tchaï en bord de route, c'est pour les pressés, pour une courte pause entre deux tache travaux urgents. On l'apprécie alors pleinement, comme le thali avalé sur le pouce. Mais pour le touriste qui a du temps à perdre, où aller, où se poser? Assez peu de lieux fréquentés par des indiens offrent cette possibilité ici, ou alors elle n'est pas dans les standarts occidentaux de ce que doit être un lieu où se poser: typiquement, certains indiens sont capables de rester des heures sur 3 motos avec la seule musique d'un portable comme animation. Moi, j'ai besoin d'une bière, d'un café, d'un livre, d'un beau paysage, d'un banc dans un parc, d'une plage de sable, d'un rocher sur une montagne, d'un truc à manger, d'une fontaine, d'un palais...
Alors que l'urbain indien semble bien partout. Ce qui exclut tout de même déjà les femmes et les riches. Pour ces derniers, les malls sont la solution.
Donc parfois, on se rabat sur des erzatz d'occident. C'est en général moins bon, beaucoup plus cher, ça sent le plastique à plein nez, mais au moins, on peut s'assoir!

2 commentaires:

  1. Sais tu que KOCHI est jumelée avec LORIENT ?
    Pas la même population, mais la mer en commun, et le Malabar...
    Qu'appelles tu "les mall", les centres commerciaux ?
    Bisous, bon tchaï, bonne route.
    Mum

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  2. Ahahah (je ris) Je n'ai pas encore eu le temps de tout lire mais plein de bons articles sont apparus depuis ma dernière connexion... c'est bien décrit, honnête, extrèèèmement divertissant ! Chapeau !

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