samedi 18 janvier 2014

Un imbroglio de festivals changea, le temps de quelques jours, la face d'Ahmedabad. Une fois encore, il est assez difficile de définir ce dont il est question, les versions changeant selon les personnes, leurs villes d'origine, familles, religions, classes... Il semblerait que cette concentration de festivals soit lié au passage symbolique des jours d'hiver à ceux qui tendent à être estivaux, mais qui ne le sont pas encore tout à fait. Cela selon le calendrier hindou. Mais il y aussi un festival jain et un autre musulman qui se déroule au même moment et au même endroit. Et puis en dehors du Gujarat, même les hindous fêtent l’événement d'une autre manière, et puis même à l'intérieur de celui-ci, ils le fêtent de différents manières selon le type d'hindouisme qu'ils pratiquent, leurs anciennes castes... Il n'y a donc qu'une seule chose de sure et certaine : les 14 et 15 janviers sont chaque année fériés en Inde. Devant tant de diversité, ce qui suit est plus un récit plus ou moins chronologique de ma propre expérience durant ces deux jours plutôt qu'un constat objectif.

Cela faisait quelques jours qu'on le sentait monter, ce festival. Uttrayan, ou le kite festival (festival des cerf-volant -d'où vient ce mot?-) est sans doute le festival le plus populaire des habitants d'Ahmedabad. Les préparatifs sont donc en conséquence: jusqu'à tard dans la nuit, disséminés dans tous les quartiers, de petits ateliers à même la rue fabriquent des centaines de milliers de cerf-volants en bois et papiers colorés. A coté, des kilomètres de ficelle sont enduites d'une pâte de verre, le plus souvent rose, opération dont la raison est quelque peu mesquine, nous le verrons plus tard. Tout le monde est à la tache, les femmes et les enfants en fin d'après-midi, les hommes dans la soirée. Peu à peu, les poudres colorantes utilisées se dispersent, rendant les alentours des ateliers puissamment multicolores.

 

La première manifestation ne fut cependant étrangement pas liée aux cerf-volants, mais simplement à des danses assez dynamiques, une nouvelle fois en rond autour d'un feu, au rythme de deux percussionnistes assez déchaînés. Il s'agirait apparemment d'une tradition du Punjab, qui ont évidemment une autre manière de fêter l'occasion. Le but semble ici de désarticuler son corps au maximum au moyen de mouvements extrêmement extensifs, rapides et saccadés. En position d'observateur, l'ensemble recèle néanmoins d'une certaine cohérence et dégage une réelle énergie. D'ailleurs, dès que je m'y essaie, me démantibulant dans tous les sens, je sens bien que cela est ridicule et qu'il manque quelque chose. J'ai donc opté pour un prudent retrait. Les danses indiennes sont toujours assez belles et impressionnantes à regarder, car on peut les lire à plusieurs niveaux : celui du danseur, plus ou moins expérimenté, homme ou femme. Puis une file de gens bougeant selon une succession de pas commune. Et enfin l'ensemble, de grands cercles ondulant autour d'un point central, accélérant ou ralentissant au gré des musiciens.

Le lendemain (le 14, donc) fut assez surprenant. Nous sortons assez tard de notre appartement haut-perché pour atterrir dans les larges avenues de la ville nouvelle. Sauf qu'elles sont vides. Là où tout est normalement vrombissements, klaxons, pollutions, embouteillages, il n'y a maintenant plus que silence et désert. Presque émus, nous marchons au milieu de la route en cherchant un rickshaw. Nous finissons par y arriver, et il nous amène dans la vieille ville. Là, nous sommes quasiment pris de vertiges. Le contraste avec la situation habituelle est encore plus saisissant. Au lieu du chaos, du bruit effroyable, des étalages dans tous les sens, de la foule, ne sont là que quelques passants. Pour la première fois depuis mon arrivée ici, la vieille ville me donne l'impression d'un lieu de promenade sympathique, avec des petites rues sinueuses tout à fait charmantes, des terrasses hospitalières... Non pas que la vieille ville soit d'ordinaire infréquentable. Je la qualifierai d'intéressante, ce qui veut dire que j'apprécie ses ambiances, son organisation en pols, espèces de quartiers communautaires repliés sur eux-même, ses maisons à l'architecture climatique remarquable. Mais elle n'est pas vraiment aimable. 



Nous apprécions donc cette tranquillité, déambulant au hasard des rues, la tête en l'air, espérant apercevoir un cerf-volant de passage dans la mince fente de ciel bloquée entre deux hautes rangées de maisons. C'est ainsi que nous croisons le regard d'une petite grand-mère sur un toit, qui nous invite à monter avec sa famille. La maison est très étroite : une pièce par étage. On commence par la cuisine, puis une succession verticale de chambres, desservies par un escalier assez raide (mais comment est elle montée?) pour finir sur la terrasse. Quel choc ! La ville est à l'envers ! Au lieu d'être dans les maisons, les habitants sont sur les maisons. Même les singes semblent perdus. Un paysage assez bordélique de terrasses plus ou moins comiques, de toitures alambiquées, le tout assez grisonnant, et dessus les couleurs vives des habits des indiens, et plus haut encore, traçant tranquillement leurs chemins dans le ciel, des milliers de cerf-volants, à perte de vue ! Des sonos crachent les tubes de l'année. 

 




D'une toiture à l'autre, la bataille fait rage : il s'agit de couper la ficelle des autres pilotes (d'où la pâte de verre!). L'opération consiste à emmêler sa ligne avec celle de son voisin plus ou moins lointain (les cerf-volants volent parfois très haut et très loin), puis à la secouer afin d'être le premier à sectionner celle de l'autre. C'est un quitte ou double. Une fois l'opération menée à bien, toute les gens présents sur la terrasse du vainqueur poussent de grands cris gutturaux, exprimant leur fierté. Un autre opération, encore plus valorisée, consiste à attraper au vol un cerf-volant plus gros que le sien et le ramener sur sa terrasse. Mais l'action n'est guère aisée : les cerf-volants n'ayant qu'une seule ficelle, il faut être assez habile pour les piloter, et surtout très réactif. Il faut en permanence regarder dans quel sens est le cerf-volant, et tirer sur la ficelle quand son nez pointe dans la direction souhaitée. Le réalisateur d'un tel mouvement est certain de rester dans les annales. Par ailleurs, quelques règles sont implicitement respectées, comme par exemple l'interdiction de nuire à ses voisins directes. Il est même bien vu de les aider ou de les venger le cas échéant.

L'après-midi suit son cours avec notre famille d'adoption, les plus âgés se reposant sur un tapis à l'ombre du parapet, les autre s'excitant sur leurs cerf-volants. Sans oublier l'inévitable pause tchaï et biscuits. Tranquillement. Nous décidons d'aller acheter des lanternes pour la nuit, et descendons de notre perchoir tout enluminé pour se replonger dans les rues sombres. Il y a toujours assez peu de monde, en bas. 


Quelques achats plus tard, nous remontons, cette fois sur un immeuble plus haut et plus grand. Ambiance moins familiale, mais tout à fait chaleureuse. Un coucher de soleil, puis la nuit qui tombe peu à peu. Les cerf-volants disparaissent assez rapidement, pour laisser la place à des milliers de lanternes, s'envolant lentement dans le ciel de plus en plus noir. Le principe est rudimentaire : une petit bout de plastique est attacher à une mini montgolfière de papier et allumé. Quelques instants après, la lanterne s'envole. En sus, des feux d'artifice pètent un peu partout, un peu dans tous les sens. Le ciel n'est alors que lumière. C'est beau !
 
 


Nous mangeons à Manek chowk, petite place toujours bondée recouverte de tables. Tellement recouverte qu'il est difficile d'y circuler. On y commande ce qu'on veut, dans n'importe quels restaurants. Le mystère, c'est qu'il n'y a à la fin qu'une seule facture ! Comment font-ils pour s'y retrouver ?

En revenant, nous tombons sur un autre festival, musulman celui-ci. Puissante musique, défilés sur camion avec forces drapeaux, les gens ont l'air de bien s'amuser ici aussi. La rue redevient alors le centre de la vie d'Ahmedabad, noire de monde. Ouf !

Voila un article qui éclairera un peu plus votre lanterne quand aux effets indésirables, an anglais, ici

rien à voir.

1 commentaire:

  1. Magiques, les photos des habitants sur leurs terrasses. Ainsi les cerf volants volent plus haut qu'à Dieppe... Quoique des falaises...

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