lundi 30 décembre 2013

La montée à Kodaikanal est prometteuse: une série de lacets s'élevant à flanc de montagne, à la limite du précipice. De la plaine jusqu'au sommet, il y a pas moins de 1700m de dénivelé d'un seul jet, et on apprécie d'être venu avec un bus du Tamil Nadu, doté de fenêtres, plutôt que ceux plus primitifs du Kerala.
Mais comme à Munnar, l'arrivée est quelque peu décevante: l'ancienne résidence d'été britannique est un peu laide, comme beaucoup de petites villes indiennes, sans pour autant être impressionnantes comme peuvent l'être les grandes villes. Il y a néanmoins ici quelque chose d'intéressant à observe, qui relativise ce que je viens d'écrire: le tourisme local. Ces stations de montagne du sud de l'Inde sont en effet assez prisées par la bourgeoisie des grandes villes indiennes, comme Chennai ou Bangalore. On y retrouve donc quelques marqueurs assez incongrus, alors que l'on est au milieu de nul part: de grands hotels aux noms connus, des chaines de restaurant, des magasins griffés, des concessionnaires prestigieux, et puis aussi des tours à cheval autour d'un petit lac.

Un peu déçus, nous nous dirigeons paradoxalement vers un subway, pourtant en partie à l'origine de notre déception, mais qui sera finalement notre chance! Nous y rencontrons en effet quatre australiens à l'anglais chantant, arborant fièrement shorts, tongues et marcels alors qu'il ne fait pas très chaud. Ils nous indiquent un village un peu plus loin et un peu plus haut, apparament bien plus tranquille, faisant face à un paysage incroyable. Mais il n'est inscrit dans aucun guide, et nous sommes donc quelque peu dubitatifs: se pourrait-il que le Routard ou Lonely Planet passent à coté d'un tel bijoux?

Nous avions torts, et nous trouvons rapidement une petite maison accroché à flanc de montagne, en apesanteur au dessus de la plaine que nous avons quitté le matin même. Le paysage change en permanence, selon que l'on soit au dessus, au dessous dans les nuages, le matin, le soir ou la nuit. Nous assistons notamment à un levée de lune assez fabuleux: une grosse boule orange vif, s'élevant au dessus des noirs nuages, en contre jour. Incroyables couleurs! Puis la lune monte doucement, dorée d'abord, puis bleutée froide, éclairant puissamment le matelas de nuages à nos pieds. C'est dramatique à souhait!

Le village en lui même est assez étrange. Il est dans cette phase de transition, entre lieux anonyme et village touristique. Un premier restaurant a ouvert une semaine avant notre arrivée, alors que quelques chambres sont en constructions. Mais l'ensemble donne encore cette sensation d'improvisation, un peu bordélique mais sympathique. Il n'y a pas encore de professionnels du tourisme, et ceux sont les habitants qui se débrouillent pour accueillir les voyageurs. Selon la légende locale, le lieu fut découvert par des juifs, qui y habitent toujours, pour ensuite être redécouvert par des touristes israéliens. On y parle donc autant hébreux qu'anglais. Le résultat, c'est un espèce de village new age, divisé en deux: d'un coté les habitants, profitant de l'aubaine, sans pour autant perdre la tête. De l'autre, des voyageurs d'un peu partout, restant plus ou moins longtemps, assez jeunes. Tout le monde va et vient les uns chez les autres et les guitares ne sont jamais loin. L'art de la zénitude y est cultivé avec soin, yoga et méditation à l'appui.

Tout cela est un peu cliché, mais gentiment sympathique et un peu inhibant. Et puis on y a rencontré quelques très belles personnes, comme ce couple de cuisiniers anglo-australiens, qui apprend (conjugaison?) Son métier en voyageant et en travaillant un peu partout, et inventeurs de jeux de sociétés à leurs heures perdues. Mais je ne peux m'empêcher de sourire ironiquement, et peut-être cyniquement, lorsqu'on me parle de karma ou d'une connection divine champignonesque. Les discours sur la grands spiritualité supposée des indiens me paraîssent simplistes et ennuyeux, tant ils sont loin de la très grande hétérogénéité que j'ai pu observer dans ma vie quotidienne à Ahmedabad. Nous sommes d'ailleurs vite lassés de cet entre-soi et, à notre propre étonnement, heureux de retourner dans une ville à l'indienne, où tout semble plus compliqué, plus bordélique, contradictoire et finalement très humain, dans le sens où il n'y a aucun plan préétablis, aucune régulation, et donc tout le monde peut s'y exprimer d'une manière ou une autre, ou simplement être visible. Même quelqu'un ou quelque chose que l'on a pas envie de voir!

samedi 21 décembre 2013

On aurait pu rester à Kovalam, grande plage bordée de petits hotels et restaurants. Mais nous avons préféré continuer un peu plus loin, pour finalement trouver une gigantesque plage, une plage sans fin. Comme échoués sur le sable, des bateaux de pêches sont sagement alignés à perte de vue. Un peu en retrait, les maisons des susdits pêcheurs, à l'ombre des palmiers et des bananiers.

Il est assez tôt dans l'après-midi, et tous sont allongés ou assis au frais, occuper à faire la sieste ou à réparer des filets. La journée de pêche, commencée dans la nuit et se poursuivant jusqu'en milieu de matinée, est finit. Après, il faut encore remonter les filets, peser le poisson, le trier, le mettre à l'abris de la chaleur montante. Il ne reste pas longtemps sur place, rapidement emmené par un petit camion. Et ensuite, une vie plus douce semble commencer. De toute façon, la mer est écrasée de soleil, alors il n'y a pas grand chose d'autre à faire qu'à attendre. Seul le poisson qui sèche est au grand jour!

Nous trouvons une chambre et allons nous baigner. La plage est déserte, les grandes barques  qui la jonchent semblent presque abandonnées. Quelques jeunes curieux, tous juste revenus de l'école, débarquent et nous posent les questions rituelles. Comme souvent, c'est par les enfants que nous rentrons dans les maisons et rencontrons les habitants. Et puis, dans des endroits comme celui là, ceux sont eux qui connaissent le plus d'anglais, et il servent donc de traducteurs à leurs familles.

Un peu plus tard, en fin d'après midi, des bruits de cuisine se font entendre, des parties de cartes commencent, des sonos crachent des musiques de film, des balles de cricket volent un peu partout. Ca sent le poisson, aussi! Il fait noir assez rapidement, et alors tout le monde disparaît. La lune est presque pleine, la lumière qu'elle réfléchit est puissante, à l'image de la luminosité dégagée par le soleil dans la journée. Tellement que nous voyons très clairement nos ombres, et qu'il est possible de lire dehors en pleine nuit. Une fois cela constaté, il ne nous reste plus qu'à aller nous coucher. Pour les pêcheurs, c'est presque déjà la fin de la nuit...

samedi 14 décembre 2013

Gling gling gling MEUH gling Bla BLa BLA gling PPRRVVVVVVV (elephant) Tac tac Bla bla bla MEUH GLING! En entrant dans le Sri Meenakshi, enorme temple situe au coeur de Madurai (desole, clavier non francais, sans accents!), je suis happe par le bruit ambiant. Un bruit de fond, fait de paroles, de conversations, de prieres et du frottement des milliers de pieds nus sur le sol de granit. Des cloches, aussi, un peu partout. Parfois, une vache sur son trente-et-un, recouverte d'offrande meugle. Exprime t'elle sa satisfaction d'etre sacree, ou alors sa frustration de passer sa vie enfermee dans un temple? Un peu plus loin un elephant qui trompette un petit coup, apres avoir touche la tete d'un client avec sa trompe.

Soudain, une espece de fanfare se met a jouer, autour d'une statue representant Shivah. Des trompes, des tambourgs, un son assez tribal! La statue en question m'a parut etre un melange entre un mouton et un coq, je ne sais pas exactement. En tous cas, plusieurs personnes m'assurent qu'il s'agit bien de Shivah, et effectivement, a interval irregulier, la foule agglutinee autour de la divinite lance un "Ooo Shivah". Comme vous l'aurez compris, je ne comprends absolument rien a ce qui se passe autour de moi: les gens bougent dans tous les sens, disent des choses peu comprehensibles, allument des lampes a huile et en eteignent d'autres, s'allongent a certains endroits, s'agenouillent a d'autres, se baignent parfois, offrent a une divinite une banane, a une autre une noix de coco... Un veritable tourbillon!

Pour tenter d'y comprendre quelque chose, je m'accroche donc a ma statue. Pour les puristes de l'Inde, le vocabulaire employe par la suite n'est peut-etre pas des plus scientifiques, mais il a le merite de donner une bonne idee de la situation. Donc la statue est bientot chargee sur deux perches de bamboux, elles meme portees par une dizaine de bons hommes au physique de lutteurs: dhoti (un bout de tissus porte en jupe) et torse nu ou marcel, muscles saillants et grands rales face a la tache! Suivons les, comme le fait la foule. A grands coups de trompettes, nous passons de salles en salles, d'un couloir a un autre. Partout, des dimensions exuberantes, des colonnes tellement sculptees qu'il est difficile de les appeller colonnes, des plafonds richement peints. La lumiere est tamisee, douce, doree. Les odeurs assez fortes, allant de l'encens a la bouse de vache en passant par la sueur, l'humidite ou l'huile qui brule. Parfois, la procession s'arrete: l'occasion de regarder les gens qui m'entourent. Chez les hommes, ils semble y avoir des equipes d'habitues: l'equipe des bleus, des oranges et des noirs. Ces derniers sont les plus nombreux (on les voit partout dans le sud de l'Inde) et aussi les plus impressionnants: deja le noir, ensuite la barbe, puis les taches de peinture sur la figure, et pour finir, ils se deplacent en bandes. De vrais loubards! Beaucoup de femmes aussi, multicolores elles: les femmes du sud battent largement celles du nord en terme de saris et d'ornements, osant les associations les plus improbables. L'ensemble est brillant, scintillant, et assez bruillant. Car tout le monde parle et des enfants courent et crient un peu partout, trouvant ici un terrain de jeu illimite. Beaucoup sont juste assis a meme le sol, parfois en famille, pique-niquant...Un joyeux bazar et un vrai lieu de vie!

Cela me fait d'ailleurs beaucoup pense a une sorte de mall (centre commercial, mais un peu plus) dedie a la religion: de vastes espaces couverts avec differentes ambiances, differents temples pour differentes divinites, tout cela reuni en un meme lieu. Chacun choisit alors ou et pour qui il veut prier, un peu comme on choisit sa marque preferee! D'autant plus qu'il n'y a pas que des temples, mais aussi des etables, des librairies, des bureaux, des magasins de souvenirs, des ateliers de taille de pierre, de fabrication de guirlandes de fleurs, quelques lieux ou manger... On peut facilement y passer la journee, d'autant que  l'atmosphere et le bourdonnoment de vie du lieu sont assez envoutants.

Soudainement, la musique accompagnant Shivah s'accelere, entrant dans une sorte de transe. La foule est febrile, trepidante, et tout a coup, elle s'envole vers une grande porte un peu a l'ecart. Ne comprenant comme d'habitude rien, je tente d'abord d'aller a contre-courant, profitant de l'aubaine pour voir la statue d'un peu plus pres, puis me laisse emporter par le flot, avant que, dans un mouvement de reflux, quelqu'un ne m'interdise l'entree a cette partie centrale du temple. Je vois donc passer la statue: elle s'enfonce, accompagner de la foule dans cette zone encore plus obscure, mysterieuse car interdite, avant de disparaitre au detour d'un mur. Pendant quelque temps, on entend encore cloches, trompettes et prieres, puis le brouhaha ambiant reprend le dessus.

vendredi 13 décembre 2013

La gare de Kochi est au milieu de la ville nouvelle. Un bateau nous emmène rapidement (un fleuve plus loin) pour arriver à fort Kochi, un espèce de fantasme de ville Indienne, un lieu presque idéal pour les touristes que nous sommes. Ancien comptoir portugais, puis hollandais et pour finir évidemment anglais, c'est un espèce mélange entre une culture locale très spécifique, la culture Keralaise, indienne et puis européenne.

Le sentiment en arrivant, comme un peu partout dans le Kerala, c'est la quiétude des gens, leur tranquillité. Les hommes et les femmes papotent un peu partout, à l'ombre des palmiers, assis devant leurs maisons. Un peu comme à Jodpur, je ressens ici une certaine douceur de vivre, un relachement agréable à vivre.

Je n'ai pas l'impression de voir ici, peut-être est-ce une erreur, la misère, la violence, la lourdeur que j'ai parfois aperçu ailleurs. Ici, les relations semblent appaisées. La campagne pourrait presque paraître idyllique: une sorte de village continu (le Kerala est un des états les plus denses de l'Inde), fait de petites et grandes maisons à l'abris des cocotiers et des bananiers. La mer et le poisson ne sont jamais très loins... Il y a des enfants partout, et à l'heure de la fin des cours, ils envahissent tout le paysage avec leurs uniformes plus ou moins réussis.

Kochi est sur ce point remarquable: la moitié de la ville paraît être occupée par des écoles et des universités, aussi bien pour garçons que pour filles, ou mixtes. Là, les portugais ne sont pas loin... La plupart de ces écoles sont liées à des missions catholiques, ce qu'il fait qu'il y a aussi des églises un peu partout. Cet effort a été poursuivi depuis l'indépendance, ce qui fait que le Kerala est aujourd'hui l'état le plus alphabétisé de l'inde. L'éducation est en effet ici en partie une compétence locale, non centralisée. La conséquence, c'est que vers deux ou trois heures, Kochi se transforme en un gigantesque terrain de jeux, des balles volant un peu partout. Fait singulier, ici, même les filles touchent un peu au cricket, restent à parler entres elles après l'école et, chose prodigieuse, font du vélo. Ailleurs, c'est en général bien si elles vont à l'école, et pas question de trainer dehors quand celle-ci est finit! Ce doux laissé-aller est peut-être du à la chrétienté ambiante, qui donne un certain statut à la femme, plus enviable en général que dans la plupart des formes d'hindouisme. Il y a aussi évidemment l'éducation.

Et puis il y a un systême local de royauté assez fantastique et peut-être unique. Kochi fut jusqu' à l'indépendance le siège d'un royaume dont les limites fluctuèrent beaucoup, comme d'habitude en Inde. Mais en lieu et place d'une filiation classique, l'héritage s'effectuait ici par la mère (ou la femme de l'actuel roi). C'est à dire que c'est le neveu de celle-ci, ou à défaut son frère qui devenait roi et non son propre fils. De plus, une fois devenu roi, celui-ci n'a pas tous les pouvoirs, par exemple la propriété de l'immense domaine royal est collective. Par ailleurs, les femmes pouvaient parfois assurer les fonctions de régentes. De ce fait, elles ont toujours eu un certain pouvoir, sont aussi éduquées que les hommes et jouissaient d'une grande liberté de mouvement. Ce systême fut mis à mal par les anglais, principalement du fait d'un code stipulant que la propriété est individuelle... Mais cet héritage semble avoir laissé des traces!
Et puis à Kochi, il y a aussi des juifs, des musulmans, des indous, des jains, des bouddistes et tout ce monde cohabite dans la paix. Ca, c'est l'effet Inde!
Et puis partout, de petites rues, de petites maisons, des filets de pêches avec des pêcheurs le long de la cote, des jardins, peu de voitures, des plages pas trop loin, le soleil.

Et puis il y a aussi les touristes en short/tongues, avec tout ce qui va avec: petites terrasses de café, auberges, galeries d'arts comptant pour rien... Me voilà une fois de plus confronté à un débat interne!
Ce qu'il y a de bien avec les villes touristiques, c'est qu'on peut jouer à être indien sans trop se mouiller... La bouffe est indienne, d'accord, mais pas trop épicée, et puis sur une terrasse tranquille, arborée. C'est assez doux, plaisant et finalement très rassurant. Mais on s'y laisse un peu trop bercer, on s'y endort, et si on ne fait pas intention, on passe à coté des indiens sans les appercevoir, sans les reconnaître. L'Inde, ce ne sera qu'un chauffeur de rickshaw, une sortie de classe un souvenir dans un magasin d'antiquités, quelques photos, des serveurs sympas, un peu de bouffe et quelques temples.

D'un autre coté, quand on veut la jouer indienne, on se retrouve à boire un tchaï sur un bord de route. Difficile alors de ne pas regretter le calme et la volupté du café pour touristes, allongé au bord de l'eau.
Les deux correspondent à un mode de vie: le tchaï en bord de route, c'est pour les pressés, pour une courte pause entre deux tache travaux urgents. On l'apprécie alors pleinement, comme le thali avalé sur le pouce. Mais pour le touriste qui a du temps à perdre, où aller, où se poser? Assez peu de lieux fréquentés par des indiens offrent cette possibilité ici, ou alors elle n'est pas dans les standarts occidentaux de ce que doit être un lieu où se poser: typiquement, certains indiens sont capables de rester des heures sur 3 motos avec la seule musique d'un portable comme animation. Moi, j'ai besoin d'une bière, d'un café, d'un livre, d'un beau paysage, d'un banc dans un parc, d'une plage de sable, d'un rocher sur une montagne, d'un truc à manger, d'une fontaine, d'un palais...
Alors que l'urbain indien semble bien partout. Ce qui exclut tout de même déjà les femmes et les riches. Pour ces derniers, les malls sont la solution.
Donc parfois, on se rabat sur des erzatz d'occident. C'est en général moins bon, beaucoup plus cher, ça sent le plastique à plein nez, mais au moins, on peut s'assoir!

samedi 7 décembre 2013

Commençant à nous habituer à l'espace-temps indien, qui veut que 200km se parcourent en environ quatre heures, nous décidons de prendre un bus public pour atteindre Allepey, 2000m plus bas et 200km plus loin, sur la côte ouest de l'Inde. Sauf que dans le Kerala, les bus publics n'ont pas de fenêtres. Enfin, il y en a, mais elles n'ont pas de vitrages. Du coup, le choix se limite à un bus ouvert aux quatre vents, ou à une boite de conserve (il y a des volets). Notre départ étant matinal, la descente fut un peu frisquée, mais revigorante. Et puis d'une certaine manière, on peut trouver une logique un peu absurde à cette absence de fenêtre: il faut éviter de s'endormir, car la tête pourrait se retrouver exposée à l'extérieur de manière inconsciente. Mais du fait qu'il n'y a pas de vitres, l'air frais entrant à plein volume n'est pas propice au sommeil. Au moins, on est sur de ne rien manquer du magnifique paysage!
Et puis une fois descendu, un peu plus tard dans la matinée, c'est tout à fait agréable, parfait pour regarder les alentours: Partout (mais vraiment partout), de petites maisons avec de grands jardins luxurients. Certains arbres sont franchement impressionnants, sortes de géants poilus! Un espèce de village / campagne continu. La route est minuscule, et le gros bus avance à grands coups d'un klaxon qui ferait palir d'envie un capitaine de paquepot. D'ailleurs, le bus tient plus du paquebot que du véhicule routier: il semble en effet inarrêtable, écarte tout sur son passage et laisse derrière lui des remous de voitures et motos qui tentent de réapproprier la route.
Un écolier monte, un vendeur descend avec ses produits, un autre charge des cartons sur le toit, le couloir central se remplit petit à petit, puis se vide soudainement à un lieu de marché. Une chose est sûre, les femmes à l'avant, les hommes derrières!
Et puis tout le monde descend pour passer un pont à pied, à coté du bus. Le tablier fait quatre mètres de long, et est apparament peu sur... Tout le monde remonte cent mètres plus loin!
Tout cela fait que nous avançons lentement, mais dans un bus indien sans vitre, tout semble plus intéressant et nous finissons par arriver à Allepey, où nous montons presque directement dans un bateau à la forme étrange: une coque assez plâte, sombre, surmontée d'un espèce de panier en osier renversé, la partie habitable du bateau. C'est assez petit, à peine 4 m de large, pour 12 ou 13 de long. Une fois installés, il fut trop tard pour faire marche arrière: nous n'avons rien fait pendant deux jours, mis à part admirer le paysage et manger du poisson.
Pas même les vagues n'étaient là pour nous déranger, puisque nous naviguions, non pas sur la mer, mais sur les backwaters: un réseau de canaux, de marais et de lacs, entre l'océan et la (vrai) terre ferme. Entre ces canaux, en contrebas, des rizières, des palmiers et de petites maison aux couleurs bigarrées (le mot est sorti tout seul!). Et puis des églises aussi, de style portugais (ceux-ci sont arrivés dans le coin), souvent assez inattendues. Il y a aussi quelques écoles, avec le bateau de ramassage scolaire attenant. A heures fixes, on voit ces bateaux bondés d'enfants en uniforme plus ou moins réussis s'arrêtés un peu partout le long des canaux.
Sur terre, la vie semble assez paisible, les femmes se baignent le matin, les hommes le soir (pendant que les femmes font la vaisselle ou la lessive à coté), pour trouver de quoi manger, il suffit d'un bout de fil et d'un hameçon, et les enfants cours un peu partout dans les petites venelles. Bon, le travail dans les rizières n'est peut-être pas aussi idyllique, surtout avec les produits en ide qu'ils envoient à la pompe à main...
Mais cette vie honnête n'est apparament pas coutumière ici. Etant difficile d'accès et donc peu contrôlable, la zone aurait été pendant longtemps un repère de pirates et de forbans pratiquant les enlèvements et la rançon. Selon la légende, chaque maison a ici une chambre en plus, ou plutôt un cachot...
Nous, pendant ce temps, on fait la sieste car il fait ici chaud et humide.









mardi 3 décembre 2013

Une nuit de bus. Allongé, ou plutôt recroquevillé sur mon lit de petites dimensions, je regarde la banlieue de bangalore passer sous mes yeux. Puis je m'endors assez rapidement en écoutant les doors, tandis que le bus file à bonne allure sur une belle autoroute. Pour la musique, il faut mieux privilégier quelque chose d'assez puissant, autrement, les envolées musicales des bolliwood projetés dans le bus prennent le dessus: difficile de trouver le sommeil dans ces conditions!
La nuit agitée, en pointillées, avec quelques arrêts dans des stations services un peu sordides ou un nid de poule plus gros que les autres. Mais, après quelques trajets avec ces bus, on finit par s'habituer et le sommeil se fait plus régulier.
Il n'empêche, quand au petit matin, juste avant le lever du soleil, le chauffeur s'attaque à une route de montagne, difficile de ne pas se réveiller. La route n'est pas large, et les virages nombreux et très serrés. Heureusement qu'elle est quasiment déserte. De toutes manières, les autres passants n'ont qu'à bien se tenir, puisque le chauffeur, fort de son gros bus, klaxonne à tous va, utilisant toute la gamme de notes que lui offre son engin!
Et puis la route n'est pas vraiment lisse. Le stade du nid de poule est loin derrière. Là, ce sont plus des bouts de route entiers qui manquent! Allongé à l'arrière du bus, la suspension du bus m'envoit donc parfois voler assez haut, ce qui est assez amusant au début, puis un peu lassant. Enfin, on s'y fait.
Il suffit en effet de jeter un coup d'oeil par la fenêtre pour oublier tous ces tracas matériels: des plantations de thé à perte de vue, d'un vert tendre, ondoyant dans une vallée assez profonde. Les plants de thés poussent poussent de manière assez aléatoire horizontalement, avec de petits chemins sinuants entre-eux afin d'atteindre le dessus de la plante, là où sont récoltées les plus jeunes feuilles. De ce fait, toutes les plantes ont la même hauteur. Au final, cela ressemble à un espèce de grand tapis vert tendre irrigué par un réseau de petits chemin où la base des plantes, plus sombre, apparaît. Un peu partout, émergeant du thé, des arbres sensés maintenir le terrain. Et tout en haut des montagnes, là où la pente devient trop importante ou le sol trop rocailleux, de gigantesques arbres, très élancés. Et puis l'odeur fraîche de la montagne, se faufilant à l'intérieur du bus. Cet air pur et limpide, légèrement humide. Qu'elle est loin la mousson!
En contrebas de la route, une rivière allant d'où nous venons. Quelques cascades spectaculaires, dont le bruit me fait presque oublier que nous sommes dans un bus. Le bus s'arrête dans un petit village moche, mais bien entouré. Bienvenue à Munnar!
Les voyageurs, endormis et apathique l'instant précédent, deviennent frénétiques. Les rideaux qui donnent une certaine intimité aux couchettes s'ouvrent soudainement. Tous ces gens oubliés réapparaissent, se jettant dans l'étroit couleur à la recherche de leurs chaussures et de leurs bagages!
A la sortie du bus, maintes personnes nous assaillent, nous proposant forces guesthouses, tour en rickshaw dans les montagnes, treks dans les plantations... Nous trouvons refuge chez un tchaïwallah (un vendeur de thé dans la rue), qui disperse tout ce petit monde à grand gris! Et pour la première fois depuis notre arrivée en Inde, le thé qui nous est servi a le gout de thé, plus que de sucre, de gingembre, de lait chaud ou de masala.







lundi 2 décembre 2013

Hampi, ce serait peut-être un paradis pour touristes. Il y a là, pour résumer, de gigantesques temples dans une nature magnigique! Et juste au milieu, un petit village que ne vit que par et pour le tourisme. Après le Rajasthan, c'est souvent la première étape pour un voyage dans le sud de l'Inde, après, pourquoi pas, un petit saut par Goa.
J'ai eu un peu de mal à écrire à propos de ce morceau de voyage, qui chronologiquement se situe avant Bangalore. Hampi, c'est en effet très beau et fort agréable à vivre, mais c'est aussi très lisse, un peu trop parfait. C'est un site classé patrimoine mondial, et il y a donc pas mal de restrictions. Par exemple, il y a deux ou trois ans, certaines colonnades étaient squattées par des habitants ou des magasins. Ils ont tous été virés. On voit encore les enduits, les peintures, les petits aménagements des divers occupants. Le résultat, c'est qu'il n'y a aucune verrue: une verrue, en Inde, c'est un bâtiment recouvert de plaques de plastique multicolore, de pans de verre clinquants, dépassant généralement le voisinage d'un ou deux étages. Ici, donc, uniquement de petites guest houses, avec balancelles et café allongé dans une pagode à coté de la rivière, à l'ombre des arbres. C'est tout à fait sympathique.
D'autant que le paysage est vraiment très beau: de petites collines et montagnes à perte de vue, recouvertes de rochers rouges plus ou moins gros, parfois en équilibre dans le vide. L'impression général est que la montagne vient de s'écrouler. Une ambiance dramatique, donc!
Entre ces collines, comme encastrés, de grands temples avec de très longues colonnades (parfois plusieurs km) qui délimitent un espace central, civilisé, applani, en opposition aux collines, sauvages et inhospitalières. Parfois abandonnés, ou parfois restaurés. Nous avons une nette préférence pour les premiers: Indiana Jones n'est pas loin... Il faut alors marcher dans de hautes herbes pour y accéder, on peut monter un peu partout, entrer dans un temple désert sans éclairage... Bref, on joue aux aventuriers!
Quand on escalade une montagne, en se frayant un chemin entre les rochers rouges, l'endroit devient encore plus théatral. A nos pieds, des temples, un peu partout, puis d'autres rochers, mais aussi de gigantesques forêts de cocotiers, d'un vert puissant. Au soleil couchant, vous imaginez le tableau!










Huhu, vous pouver l'imaginer, car vous n'aurez pas de photos avant quelques temps. 

lundi 25 novembre 2013

Enfin, le moteur redémarre...Quel bus interminable! Nous voilà à Bangalore, et je ne sais quelle drole d'idée nous a prit de revenir du centre vers la banlieue où nous sommes hébergés par des amis à une heure de pointe.
Il fait déjà nuit, une fine pluie qui pourrait être raffraichissante tombe dehors, sauf que nous sommes à l'intérieur d'un bus bondé, alors l'humidité ambiante et la buée sur les vitres nous empêchent de voir l'extérieur. De toutes façons, il n'y a rien à voir, à part les phares de milliers de voitures agglutinées autour du bus, qui semble assiéger. Dans les interstices, des motos et scooters tentent de trouver une sortie au labyrinthe.
Déjà, monter dans le bon bus reléve de l'exploit, tant la station centrale est compliquée. Tout le monde court dans tous les sens, sautent et grimpent dans des bus en marche, se bousculent... Enfin, une fois rentrer dans le bon, on se dit que c'est bon. Evidemment, notre place est dans l'allée central, les habitués s'étant précipités sur les banquettes. Le problème, c'est que nous sommes dans la partie réservée aux femmes, à l'avant. Un plus pour la vue et les odeurs. Une fois rétrogradés à l'arrière, de puissantes senteurs viriles s'exhalent des corps plaqués les uns aux autres. Une chance que les indiens soient en moyenne un peu plus petits...
Encore une fois, le bus s'arrête, le chauffeur éteind le moteur. A quoi bon bruler du pétrole quand une marée de voitures bloque toute la circulation. Vagues après vagues, notre bus parvient néanmoins à dépasser une première intersection, puis une autre.
J'admire la patience de ces indiens. Ils subissent clairement les conséquences de problèmes dont ils ne sont pas la cause, et en plus dans des conditions moins agréables que les fautifs.
Une ambulance, toutes sirènes hurlantes, passe en force.
Une ligne de métro est bien en construction, mais comme beaucoup de nouveaux transports publics en Inde, il sera sans doute inaccessible à la majorité des indiens qui prennent aujourd'hui le bus. Le bus, c'est le transport du pauvre. Ca coute combien un bus? 10 voitures? Pour 10 fois plus de passagers. Les routes, elles sont déjà là. Il suffirait juste d'en réserver une ligne aux bus, mais bon, cela voudrait dire que les pauvres ont le droit à autant de respect que les riches dans leurs voitures, que leurs temps est aussi précieux. Et ça, cela parait encore loin.
Un spécialiste indien des transports publics a dit qu'un pays développé, ''c'est un pays où les riches prennent les transports en public, et non pas où les pauvres ont une voiture''. Bel objectif, et cela même en Europe.
Alors les gens s'occupent comme ils le peuvent, écoutent de la musique, parlent un peu entre-eux, beaucoup au téléphone, et baissent la tête, consternés, chaque fois que le moteur s'arrête. Mais pour moi, ça va, j'ai trouvé une place au soleil: un siège avec une fenêtre, et je regarde défiler le théatre de la rue indienne.











jeudi 21 novembre 2013

Que la campagne est belle! Un très long trajet de bus nous emmène depuis Ahmedabad jusqu'à Hubli, puis Hospet, et enfin Hampi, notre première étape d'un long voyage à travers le sud de l'Inde.
Le paysage autour d'Ahmedabad, je l'ai déjà dit, est assez morne et présente peu d'intérêts: une large plaine assez verte, plate, avec quelques arbres rabougris, squeleptiques et rachitiques. Le sol est lui recouvert le plus souvent d'une épaisse et infranchissable broussaille épineuse, montant parfois à hauteur d'homme et empêchant le regard de porter au loin. En voyage, la principale distraction consiste donc à regarder le défilement des poteaux électriques, tous penchés d'un coté ou d'un autre. On peut aussi regarder les camions, espèces de temples sur roues tellement ils sont décorés. J'ai parfois un peu de mal à saisir comment le chauffeur peut voir la route à travers la foule de biblots, mais en même temps, la vitesse de pointe doit approcher les cinquantes km.h, et ces symboles sont là pour les protèger. Enfin ce qu'on en perçoit des camions, c'est plus le bruit des klaxons, tous plus inventifs les uns que les autres: montée ou descente de notes, mélodie, rythmes entrainant, puissance, tout est fait pour se démarquer et se faire faire remarquer.
Régulièrement, aussi, apparaissent des stations de bord de route, ressemblant peut-être un peu aux stations en bord de nationale: une grande étendu gravilloneuse, où quelques camions sont souvent à l'arrêt, des toilettes, louches à la fois par leur odeur et les bruits que produisent leurs occupants, un resto pas cher, le plus souvent étonnament bon, et un petit atelier de réparation, jouxté de montagnes de pneus et de pièces rouillées. Parfois, le tout est accompagné d'une musique forte, histoire que les chauffeurs ne s'endorment pas. Quelle ambiance!
Après une nuit dans le bus, nous découvrons au petit matin un tout autre paysage. Celui-ci est grande partie cultivée. Sur une terre d'un incroyable rouge poussent de la canne à sucre, des plants de coton, comme de petites boules de neiges, un peu de maïs, des tournesols aussi. Et tout autour de ça, de grands et beaux arbres, des palmiers. Au fond, de petites montagnes, comme un fond de scène. Ce qu'ils sont beaux, ces champs cultivés! Ils semblent donner une vie à la campagne, alors qu'elle semblait morte un peu avant. Un peu partout, de petites fermes, quelques hangars, mais surtout beaucoup de petites maisons. Des gens dans les champs, ou un tracteur. Assez peu de bêtes, mais la vitalité des lieux saute aux yeux, et pour la première fois depuis mon arrivée en Inde, les 70 pourcents de campagnards que comptent l'Inde prennent une réalité: il y a ici une autre manière de vivre que dans les villes bruyantes et poussiéreuses, à découvrir...

dimanche 17 novembre 2013

Jodpur! une très grande ville, avec au beau milieu un château franchement impressionnant, entouré d'une ville médiévale. Les puissantes murailles de la forteresse semblent naître du rocher sur lequel elle est accrochée. Fantastique! En haut, au dessus des murailles, le palais du raja local, qui n'y habite plus aujoud'hui, mais qui en est toujours le propriétaire. On peut d'ailleurs voir sa nouvelle maison,construite dans les années vingt à bonne distance, une gigantesque masse dans le paysage, avec des dômes de tous les cotés. L'ancien palais s'organisent autour de cours s'ouvrant sur le vaste paysage. Quand on se rapproche du parapet, en contrebas, la vieille ville, un ensemble de maisons cubiques autour de ruelles sinuantes. Ses hautes maisons à toit plat escaladent les collines alentours, créant un paysage étonnant, presque cubiste. Surtout, beaucoup d'entre-elles sont peintes en bleu indigo, les faisant ressembler à de gros glaçons. Cette rafraichissante teinte tranche avec la pierre locale, d'une magnifique couleur terre brulée. Une succession de tableaux!






En se baladant dans la ville, on finit par se faire inviter à monter sur une terrasse. Un invraisemblable réseau: il semble possible de sauter d'un toit à l'autre, tant les maisons sont proches les unes des autres. Dès que la fraîcheur de la fin d'après midi arrive, toute l'agitation la ville monte d'un niveau: des bruits de vaisselle, de cuisine se font entendre un  peu partout, des enfants jouent au cricket d'un toit à l'autre, pendant que d'autres s'invectivent à distance... Un joyeux bazar!
Puis la nuit tombant, certaines rues retrouvent leur animation. D'imposants bon hommes jouent aux cartes, assis sur des espèces de podium au coin d'une rue, des femmes papotent devant leurs maisons, des enfants cours un peu partout: il règne ici une certaine douceur de vivre, une atmosphère de relâchement très agréable, encore peu rencontrée en Inde. Et puis, bizarrement, il n'y a pas de touristes.






L'arrivée à Pushkar n'en est que plus étrange. Dès le départ, une certaine gêne m'envahit. Au milieu d'une ville assez laide, un très beau lac, entouré de ghâts, des temples avec de grands emmarchements se jetant dans l'eau. Autour de cet ensemble, l'un des plus sacré d'Inde, une rue circulaire remplie de magasins de fringues, de thé, d'encens, de pacotilles pour touristes. Et effectivement, les touristes sont là, d'un coté des jeunes, de l'autre des retraités, tous dans un style baba mystique plus ou moins affirmé. C'est ce qui me gêne. L'image que cette ville reflète, c'est un cliché: celui d'une Inde exotique, mystérieuse, orientale, mystique. Certe, cela fait parti de la réalité indienne, mais c'est tellement éloigné de la vie de la majorité des indiens! Cela donne l'image d'un pays inamovible, qui ne bouge pas. Une vision  primaire, simpliste, unique. Mais on y prend de belles photos, et on ne risque pas d'y remettre en cause ses fantasmes Indiens.
D'autant plus que le tourisme a en réalité totalement détruit les lieux. Tous les brahmans que l'on voit, sensés être hommes de religion, semblent uniquement concernés par leurs niveaux de vie, et passent leurs temps à héler le touriste, réclamant argent contre courtes prières, n'hésitant pas à débattre du prix au milieu de leur travail. Bref, c'est ridicule, et ce serait presque comique si ce n'était pas si laid.

Mais qu'est ce que c'est beau! Très tôt le matin, avant la levée du soleil, les pèlerins arrivent par petits groupes, entonnant quelques chants et prières avant de se purifier dans l'eau du lac. Les couleurs des saris, le bleu indigo des ghats, les emmarchements somptueux, les reflets dans l'eau et la lumière dorée du soleil naissant! C'est d'un exotisme envoutant!


Plus folklorique et vivant, un peu à l'écart de la ville, le festival du chameau était en cours d'installation. Une véritable ville éphémère, faite de tentes, de chapiteaux, de yourtes, avec des chameaux arrivant par centaines d'un peu partout. Mais aussi moultes restaurants, vendeurs d'équipements pour chevaux et chameaux, un train fantôme, des manèges pour enfants... Une véritable foire!
Et puis des odeurs, des bruits dignes des gigantesques troupeaux répartis un peu partout sur le site. C'est très drôle: la tête un peu bêta du chameau, ses mouvements nonchalants, machouillements et régurgitements sont une source inépuisable de mîmes et de moqueries!


samedi 9 novembre 2013

L'emploi du temps de mon université indienne réserve quelques bonnes surprises. Tout juste après la fin des cours, et avant les examens finaux, il y a en effet Diwali, le nouvel an indien et fête des lumières (encore plus d'informations ici!). Tous les indiens retournent donc dans leurs régions d'origine, créant une gigantesque transhumance. Le pays tourne alors au ralenti. L'université est fermée, nous forçant, nous malheureux étudiants étrangers sans famille à nous tourner vers d'autres projets.


Le Rajasthan n'est pas loin, et nous trouvons rapidement un chauffeur et une voiture, qui nous emmèneront jusque dans les cons les plus inaccessibles. Ce qui, en Inde, ne signifie pas que personne n'y habite, puisque où qu'on aille, il a toujours une ou plusieurs personnes qui surgissent de nul part.
Départ, donc, pour Jaisalmer. Une journée de voiture dans l'ennuyeux paysage entourant Ahmedabad, fait de broussailles, de petits arbres et de rares cultures. Puis les arbres se font de plus en plus rabougris et espacés, alors que la terre devient sable... Le regard porte plus loin, le paysage s'ouvre.
Nous en profitons pour faire une pause pour le coucher de soleil, à coté d'une hutte en terre qui semble abandonnée, au beau milieu de nul part. Un paysan en sort finalement, puis quelques autres personnes arrivent d'on ne sait trop où. C'est assez drôle comme situation. Ils nous offrent une pastèque, mangée à pleines mains, en regardant les alentours. Un petit champs labouré, quelques chèvres, de grandes étendues d'herbe grillée, jaune, quelques arbres de loin en loin. C'est assez désolé, presque triste. Mais après le bazar d'Ahmedabad, ce calme semble presque fantastique!

Nous découvrons Jaisalmer de nuit: un gigantesque fort brillamment éclairé, perché sur un rocher qui est lui plongé dans l'obscurité: un château volant! Une ambiance de guerre civile semble saisir la ville médiévale: des explosions se font entendre un peu partout. Chacun y va de son petit feu d'artifice personnel (c'est la fête des lumières) ou de son plus gros pétard. Du coup, ça canarde dans tous les sens, et la ville semble fumer d'un peu partout.


Jaisalmer est une bien belle ville, entièrement construite d'une même pierre très jaune. La nuit, quand les feux d'artifices sont terminés, elle prend des allures de ville fantôme, désertée, engoncée dans une pénombre qui décuple l'imagination (une ville fortifiée au milieu du désert...). Le jour, elle est envahie par les touristes, aussi bien indiens qu'étrangers. Cette invasion semble d'ailleurs avoir été planifiée et mise en scène par les constructeurs du fort. L'accès se fait par une longue et monumentale rampe passant à travers plusieurs portes, entourés de très hauts murs. Un flot ininterrompu de visiteurs montent, suant sous le soleil, glissant sur les pavés polis, comme un pied-de-nez de la ville. Les rues sont recouvertes de magasins de babioles, des guides proposent un peu partout leurs services. Mais tous ces gens ne viennent pas pour rien, c'est toujours très beau! La lumière prend la couleur de la pierre pour devenir dorée. Vers l'extérieur, la vue est formidable, portant loin dans le désert. A l'intérieur, quelques temples tellement sculptés et ciselés qu'on en oublie presque qu'ils sont fait de pierre. Et un haveli, un palais autour d'un profond patio: la fraicheur quand on y entre est remarquable. Il fait très sombre. Puis en montant, les pièces s'éclairent, le bâtiment s’aère, s'ouvre sur l'extérieur. Il fait plus chaud aussi. Alors que les trois premiers niveaux ont un plan très simple -un patio entouré d'une coursive desservant les différentes pièces-, les trois derniers sont d'une complexité impressionnante: de petits patios apparaissent à coté du principal. Le bâtiment semble s'évaporer en montant Certaines pièces n'ont pas de toit, s'ouvrant vers le ciel. Un véritable jeu de plateforme, offrant des terrasses sur plusieurs niveaux.



Après le morceau d'architecture, le morceau de tourisme professionnel: le tour en chameau dans le désert! Si la conduite du chameau présente peu d'intérêt et est assez inconfortable, son principal attrait réside dans sa hauteur, qui permet d'apprécier le paysage. Au début, le désert n'est en fait pas tout à fait un désert, puisque quelques plantes y poussent, et quelques chèvres y vivent une vie paisible. Puis il tient toutes ses promesses: de grandes dunes de sable fin, glissant entre les doigts. Nous assistons à un mémorable coucher de soleil, arrosé d'une bouteille de vin local. La lumière baissant, le feu éteint, la nuit se fait complète et nous pouvons admirer un superbe ciel étoilé, comme un dôme autour de nous. Le son est surprenamment clair, sans écho. Le silence est tel qu'il en devient presque pesant. Et il fait froid, enfin!