samedi 14 décembre 2013

Gling gling gling MEUH gling Bla BLa BLA gling PPRRVVVVVVV (elephant) Tac tac Bla bla bla MEUH GLING! En entrant dans le Sri Meenakshi, enorme temple situe au coeur de Madurai (desole, clavier non francais, sans accents!), je suis happe par le bruit ambiant. Un bruit de fond, fait de paroles, de conversations, de prieres et du frottement des milliers de pieds nus sur le sol de granit. Des cloches, aussi, un peu partout. Parfois, une vache sur son trente-et-un, recouverte d'offrande meugle. Exprime t'elle sa satisfaction d'etre sacree, ou alors sa frustration de passer sa vie enfermee dans un temple? Un peu plus loin un elephant qui trompette un petit coup, apres avoir touche la tete d'un client avec sa trompe.

Soudain, une espece de fanfare se met a jouer, autour d'une statue representant Shivah. Des trompes, des tambourgs, un son assez tribal! La statue en question m'a parut etre un melange entre un mouton et un coq, je ne sais pas exactement. En tous cas, plusieurs personnes m'assurent qu'il s'agit bien de Shivah, et effectivement, a interval irregulier, la foule agglutinee autour de la divinite lance un "Ooo Shivah". Comme vous l'aurez compris, je ne comprends absolument rien a ce qui se passe autour de moi: les gens bougent dans tous les sens, disent des choses peu comprehensibles, allument des lampes a huile et en eteignent d'autres, s'allongent a certains endroits, s'agenouillent a d'autres, se baignent parfois, offrent a une divinite une banane, a une autre une noix de coco... Un veritable tourbillon!

Pour tenter d'y comprendre quelque chose, je m'accroche donc a ma statue. Pour les puristes de l'Inde, le vocabulaire employe par la suite n'est peut-etre pas des plus scientifiques, mais il a le merite de donner une bonne idee de la situation. Donc la statue est bientot chargee sur deux perches de bamboux, elles meme portees par une dizaine de bons hommes au physique de lutteurs: dhoti (un bout de tissus porte en jupe) et torse nu ou marcel, muscles saillants et grands rales face a la tache! Suivons les, comme le fait la foule. A grands coups de trompettes, nous passons de salles en salles, d'un couloir a un autre. Partout, des dimensions exuberantes, des colonnes tellement sculptees qu'il est difficile de les appeller colonnes, des plafonds richement peints. La lumiere est tamisee, douce, doree. Les odeurs assez fortes, allant de l'encens a la bouse de vache en passant par la sueur, l'humidite ou l'huile qui brule. Parfois, la procession s'arrete: l'occasion de regarder les gens qui m'entourent. Chez les hommes, ils semble y avoir des equipes d'habitues: l'equipe des bleus, des oranges et des noirs. Ces derniers sont les plus nombreux (on les voit partout dans le sud de l'Inde) et aussi les plus impressionnants: deja le noir, ensuite la barbe, puis les taches de peinture sur la figure, et pour finir, ils se deplacent en bandes. De vrais loubards! Beaucoup de femmes aussi, multicolores elles: les femmes du sud battent largement celles du nord en terme de saris et d'ornements, osant les associations les plus improbables. L'ensemble est brillant, scintillant, et assez bruillant. Car tout le monde parle et des enfants courent et crient un peu partout, trouvant ici un terrain de jeu illimite. Beaucoup sont juste assis a meme le sol, parfois en famille, pique-niquant...Un joyeux bazar et un vrai lieu de vie!

Cela me fait d'ailleurs beaucoup pense a une sorte de mall (centre commercial, mais un peu plus) dedie a la religion: de vastes espaces couverts avec differentes ambiances, differents temples pour differentes divinites, tout cela reuni en un meme lieu. Chacun choisit alors ou et pour qui il veut prier, un peu comme on choisit sa marque preferee! D'autant plus qu'il n'y a pas que des temples, mais aussi des etables, des librairies, des bureaux, des magasins de souvenirs, des ateliers de taille de pierre, de fabrication de guirlandes de fleurs, quelques lieux ou manger... On peut facilement y passer la journee, d'autant que  l'atmosphere et le bourdonnoment de vie du lieu sont assez envoutants.

Soudainement, la musique accompagnant Shivah s'accelere, entrant dans une sorte de transe. La foule est febrile, trepidante, et tout a coup, elle s'envole vers une grande porte un peu a l'ecart. Ne comprenant comme d'habitude rien, je tente d'abord d'aller a contre-courant, profitant de l'aubaine pour voir la statue d'un peu plus pres, puis me laisse emporter par le flot, avant que, dans un mouvement de reflux, quelqu'un ne m'interdise l'entree a cette partie centrale du temple. Je vois donc passer la statue: elle s'enfonce, accompagner de la foule dans cette zone encore plus obscure, mysterieuse car interdite, avant de disparaitre au detour d'un mur. Pendant quelque temps, on entend encore cloches, trompettes et prieres, puis le brouhaha ambiant reprend le dessus.

1 commentaire:

  1. Emportés par la foule qui nous traîne
    Nous entraîne
    Nous éloigne l'un de l'autre
    Je lutte et je me débats
    Mais le son de ma voix
    S'étouffe dans les rires des autres
    Et je crie de douleur, de fureur et de rage
    .....
    contexte différent mais c'est la première image qui m'est venue en tête en te lisant. Mille merci de nous faire partager ces moments avec toi.
    Bisous,
    Elise

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