Dans le guide du routard, il est écrit
qu'on ne peut rester indifférent à Varanasi : le touriste de
passage peut être au choix envoûte ou dégoûté par l'atmosphère
de ferveur qui y règne.
Pour moi, ce ne fut ni l'un ni l'autre.
J'en garde l'impression d'une très belle carte postale, les ghats le
long de la rivière, grands escaliers monumentaux les pieds dans
l'eau, surmontés de fastueux palais, quand au petit matin ou le soir
venu, s’asseoir sur les marches et regarder l'agitation devient une
activité à part entière. Et puis à l'arrière, une vieille ville
sympathique, lassis de ruelles incompréhensible livré aux vaches.
En réfléchissant et en prenant un peu
de recul, cette ville est pourtant assez extrême : les rues
sont franchement sales, on croise des processions funèbres à tous
les coins de rue, les morts sont brûlés à ciel ouvert, piégés
dans de grands bûchers juste à coté du Gange, là où se lavent
beaucoup des habitants de la vieille ville. Lors d'un petit tour en
bateau, nous avons vu un bébé mort flotter sur la rivière, les
nouveaux-nés comme les sadhus n'étant pas incinérés.
Je ne sais pas si c'est le fait d'avoir
vécu ici pendant un certain temps, mais tout cela ne m'a pas paru
incroyable ou invraisemblable. Il est peut-être temps de partir !
En fait, j'ai senti une bien plus grande animation dans les parties
les plus modernes de la ville. Autour des ghats, la principale
occupation des habitants consiste à tenter d'happer le touriste pour
un tour en bateau ou une bière sur une terrasse. Dans la ville
nouvelle, au contraire, ils étaient uniquement concentrés sur les
éléctions , qui devaient avoir lieu le lendemain. Modi, le
candidat du BJP, parti nationaliste hindou, est venu le jour
précédent notre arrivée. Ce qui fait que tout le monde était très
excité : un peu partout, les slogans fusent, les militants
s'affichent, des tracts volent. Des policiers armés sont postés un
peu partout. Alors que le voté n'a pas encore commencé, les
supporte de Modi, fanatisés par sa visité triomphante, braillent
déjà leur victoire (qui est désormais bien réelle!). Nous sommes
sollicités pour des photos... Nous nous retranchons derrière une
neutralité prudente. La politique en Inde est affaire de sentiments
(et d'argent), et une simple discussion peut dégénérer assez
facilement. Et puis de toutes façons, sur quoi débattre
sérieusement, puisqu'aucun candidat n'a de programme ? Les
slogans lapidaires font ici office d'engagements.
Nous retournons finalement à la
tranquillité relative des ghats. Je regarde avec jalousie les
indiens se baigner dans l'eau que j'imagine fraîche, puis sa couleur
verdâtre fait passer l'envie. La fin d'après-midi est le moment le
plus esthétique : comme souvent en Inde, il y règne une
certaine forme de douceur, la lumière devient moins pesantes, la
chaleur moins accablante, et la vie renaît : des promeneurs,
des baigneurs, des touristes, des joueurs de cricket, des pujah ici
et là, des pêcheurs, des blanchisseurs, des parties de carte, la
baignade des vaches, tout est mélangé dans un prodigieux bazar !
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