mercredi 21 mai 2014

Dans le guide du routard, il est écrit qu'on ne peut rester indifférent à Varanasi : le touriste de passage peut être au choix envoûte ou dégoûté par l'atmosphère de ferveur qui y règne.
Pour moi, ce ne fut ni l'un ni l'autre. J'en garde l'impression d'une très belle carte postale, les ghats le long de la rivière, grands escaliers monumentaux les pieds dans l'eau, surmontés de fastueux palais, quand au petit matin ou le soir venu, s’asseoir sur les marches et regarder l'agitation devient une activité à part entière. Et puis à l'arrière, une vieille ville sympathique, lassis de ruelles incompréhensible livré aux vaches.



En réfléchissant et en prenant un peu de recul, cette ville est pourtant assez extrême : les rues sont franchement sales, on croise des processions funèbres à tous les coins de rue, les morts sont brûlés à ciel ouvert, piégés dans de grands bûchers juste à coté du Gange, là où se lavent beaucoup des habitants de la vieille ville. Lors d'un petit tour en bateau, nous avons vu un bébé mort flotter sur la rivière, les nouveaux-nés comme les sadhus n'étant pas incinérés.

Je ne sais pas si c'est le fait d'avoir vécu ici pendant un certain temps, mais tout cela ne m'a pas paru incroyable ou invraisemblable. Il est peut-être temps de partir ! En fait, j'ai senti une bien plus grande animation dans les parties les plus modernes de la ville. Autour des ghats, la principale occupation des habitants consiste à tenter d'happer le touriste pour un tour en bateau ou une bière sur une terrasse. Dans la ville nouvelle, au contraire, ils étaient uniquement concentrés sur les éléctions , qui devaient avoir lieu le lendemain. Modi, le candidat du BJP, parti nationaliste hindou, est venu le jour précédent notre arrivée. Ce qui fait que tout le monde était très excité : un peu partout, les slogans fusent, les militants s'affichent, des tracts volent. Des policiers armés sont postés un peu partout. Alors que le voté n'a pas encore commencé, les supporte de Modi, fanatisés par sa visité triomphante, braillent déjà leur victoire (qui est désormais bien réelle!). Nous sommes sollicités pour des photos... Nous nous retranchons derrière une neutralité prudente. La politique en Inde est affaire de sentiments (et d'argent), et une simple discussion peut dégénérer assez facilement. Et puis de toutes façons, sur quoi débattre sérieusement, puisqu'aucun candidat n'a de programme ? Les slogans lapidaires font ici office d'engagements.

Nous retournons finalement à la tranquillité relative des ghats. Je regarde avec jalousie les indiens se baigner dans l'eau que j'imagine fraîche, puis sa couleur verdâtre fait passer l'envie. La fin d'après-midi est le moment le plus esthétique : comme souvent en Inde, il y règne une certaine forme de douceur, la lumière devient moins pesantes, la chaleur moins accablante, et la vie renaît : des promeneurs, des baigneurs, des touristes, des joueurs de cricket, des pujah ici et là, des pêcheurs, des blanchisseurs, des parties de carte, la baignade des vaches, tout est mélangé dans un prodigieux bazar !





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