samedi 3 mai 2014

En arrivant à Agra, ville assez poussiéreuse, je fus vite pris par l'envie de repartir. J'ai alors la sensation désagréable de ne pas avoir quitter Ahmedabad. Mais l'impression n'est que de courte durée : à peine sorti de la gare, le chaos qui règne est définitivement le signe d'une petite ville indienne, et non d'une grande métropole, étrangement plus organisées. Il y a tellement de rickshaws attendant les nombreux passagers du train de nuit que personne n'arrive finalement à bouger. Parvenant à me faufiler au milieu de la cohue, je finis par trouver un rickshaw un peu à l'écart. N'y tenant plus, je lui demande de m'amener au Idgah bus stand – le Taj Mahal attendra!-

Les stations de bus indiennes sont des lieux assez intéressants : situés en bordure de ville, fait d'une grande étendue de sable, avec quelque préaux en béton décrépi et des murs à pisse, elles sont pour l'étranger (ou toute personne qui n'est pas du coin) totalement incompréhensibles. Les bus semblent s'arrêter dans tous les sens, le panneau d'information est un concept inconnu, et les informations délivrés par l'information centre (un type seul derrière un bureau) sont souvent lapidaires et tout aussi peu éclairantes. Le mieux, c'est donc de trouver quelqu'un qui va au même endroit que soi, et d'attendre à coté de lui. 

Me voilà donc à Fathepur Sikri, petite bourgade à une heure de route d'Agra, mais aussi ancienne capitale d'Akbar, illustre empereur moghol. Vivait ici un vieux sage, qui aurait aidé Akbar et une de ses femmes à avoir un premier fils. L'empereur, convaincu par cet heureux présage, décida d'élever sa nouvelle capitale sur le rocher du vieil homme. 

Je trouve une charmante guesthouse de l'autre coté du palais. Accrochée à flanc de colline, elle s'ouvre sur une vaste plaine cultivée, brulée par le soleil. Quelques arbres ici et là marquent les limite des champs. Un tracteur passe. Quelques enfants jouent au cricket. Des femmes ramassent du bois sec. Enfin le silence et la paix !




La mosquée semble démesurée au regard de la petitesse de la ville actuelle. On y accède par un emmarchement géant et très raide, prenant sa source dans la poussière et les bouses du bourg contemporain, et amenant à une gigantesque porte de grès rouge et de marbre blanc. On pénètre alors dans une vaste cour, entouré d'une colonnade, avec au fond la salle de prière. Tout cela en grès rouge, excepté le tombeau du sage local, qui est vêtu d'un marbre blanc immaculé. Et puis un peu partout, il y a ces incrustations de pierres blanches ou colorées, qui dessinent des motifs sur les murs ou au sol, ou des messages en Urdu.








Comme l'accès est gratuit (la mosquée est toujours utilisée), il y a des enfants un peu partout, ainsi que de nombreux vendeurs de souvenirs. Si la rhétorique de ces derniers est déjà bien connue, j'ai été assez surpris par la capacité d'enfants de dix douze ans à me tchatcher comme des attrape-touristes chevronnés. Me prenant parfois par les sentiments (''I'm a student, je suis un étudiant, ou mieux, me voyant dessiner ''I'm also an artist, come to see my work, je suis aussi un artiste, viens voir mon travail, qui s'avère être une échoppe de bibelots, parfois par la menace (''I will follow you until you hire me, je vais te suivre jusqu'à ce que tu m'engages'', parfois par le mensonge (''you can't go in there without a guide'', tu ne peux pas aller là sans guide). Constatant leurs échecs à déclencher autre chose que mon rire, il finissent le plus souvent par des demandes plus en adéquation avec leur âge, comme ''ice-cream ice-cream'', ''school pen school pen'' ou ''chocolate chocolate''.

Je visite l'incroyable palais absolument seul. Comme je pense être l'unique touriste à dormir sur place, je me lève de bon matin et profite d'une agréable brise fraîche. La lumière est dorée, donnant aux murs de grès rouge un éclat supplémentaire. Les ombres sont mauves, froides. Je traverse le palais en long et en large, impressionné et émerveillé par les jeux de niveau du sol, les cours immenses sans qu'elles soient écrasantes, les jardins superbes, frais, les pavillons plus ou moins farfelus, les vues sur les paysages alentours, et une étonnante poétique autour de l'eau : partout, de petits bassins, des rigoles saignant les grandes surfaces dallées, des gargouilles, des dégueloirs le long des murs, de petites cascades taillées pour que l'eau mousse et bruisse, ou plus simplement des traces d'écoulement. Un appel à revenir pendant la mousson !






1 commentaire:

  1. C'est chouette de retrouver tes récits de voyage. Bonnes découvertes et belles photos. Attention au soleil, aux effluves et aux miasmes ambiants.... Biz normandes.

    RépondreSupprimer