En arrivant à Agra, ville assez
poussiéreuse, je fus vite pris par l'envie de repartir. J'ai alors
la sensation désagréable de ne pas avoir quitter Ahmedabad. Mais
l'impression n'est que de courte durée : à peine sorti de la
gare, le chaos qui règne est définitivement le signe d'une petite
ville indienne, et non d'une grande métropole, étrangement plus
organisées. Il y a tellement de rickshaws attendant les nombreux
passagers du train de nuit que personne n'arrive finalement à
bouger. Parvenant à me faufiler au milieu de la cohue, je finis par
trouver un rickshaw un peu à l'écart. N'y tenant plus, je lui
demande de m'amener au Idgah bus stand – le Taj Mahal attendra!-
Les stations de bus indiennes sont des
lieux assez intéressants : situés en bordure de ville, fait
d'une grande étendue de sable, avec quelque préaux en béton
décrépi et des murs à pisse, elles sont pour l'étranger (ou toute
personne qui n'est pas du coin) totalement incompréhensibles. Les
bus semblent s'arrêter dans tous les sens, le panneau d'information
est un concept inconnu, et les informations délivrés par
l'information centre (un type seul derrière un bureau) sont souvent
lapidaires et tout aussi peu éclairantes. Le mieux, c'est donc de
trouver quelqu'un qui va au même endroit que soi, et d'attendre à
coté de lui.
Me voilà donc à Fathepur Sikri,
petite bourgade à une heure de route d'Agra, mais aussi ancienne
capitale d'Akbar, illustre empereur moghol. Vivait ici un vieux sage,
qui aurait aidé Akbar et une de ses femmes à avoir un premier fils.
L'empereur, convaincu par cet heureux présage, décida d'élever sa
nouvelle capitale sur le rocher du vieil homme.
Je trouve une charmante guesthouse de
l'autre coté du palais. Accrochée à flanc de colline, elle s'ouvre
sur une vaste plaine cultivée, brulée par le soleil. Quelques
arbres ici et là marquent les limite des champs. Un tracteur passe.
Quelques enfants jouent au cricket. Des femmes ramassent du bois sec.
Enfin le silence et la paix !
La mosquée semble démesurée au
regard de la petitesse de la ville actuelle. On y accède par un
emmarchement géant et très raide, prenant sa source dans la
poussière et les bouses du bourg contemporain, et amenant à une
gigantesque porte de grès rouge et de marbre blanc. On pénètre
alors dans une vaste cour, entouré d'une colonnade, avec au fond la
salle de prière. Tout cela en grès rouge, excepté le tombeau du
sage local, qui est vêtu d'un marbre blanc immaculé. Et puis un peu
partout, il y a ces incrustations de pierres blanches ou colorées,
qui dessinent des motifs sur les murs ou au sol, ou des messages en
Urdu.
Comme l'accès est gratuit (la mosquée
est toujours utilisée), il y a des enfants un peu partout, ainsi que
de nombreux vendeurs de souvenirs. Si la rhétorique de ces derniers
est déjà bien connue, j'ai été assez surpris par la capacité
d'enfants de dix douze ans à me tchatcher comme des
attrape-touristes chevronnés. Me prenant parfois par les sentiments
(''I'm a student, je suis un étudiant, ou mieux, me voyant dessiner
''I'm also an artist, come to see my work, je suis aussi un artiste,
viens voir mon travail, qui s'avère être une échoppe de bibelots,
parfois par la menace (''I will follow you until you hire me, je vais
te suivre jusqu'à ce que tu m'engages'', parfois par le mensonge
(''you can't go in there without a guide'', tu ne peux pas aller là
sans guide). Constatant leurs échecs à déclencher autre chose que
mon rire, il finissent le plus souvent par des demandes plus en
adéquation avec leur âge, comme ''ice-cream ice-cream'', ''school
pen school pen'' ou ''chocolate chocolate''.
Je visite l'incroyable palais
absolument seul. Comme je pense être l'unique touriste à dormir sur
place, je me lève de bon matin et profite d'une agréable brise
fraîche. La lumière est dorée, donnant aux murs de grès rouge un
éclat supplémentaire. Les ombres sont mauves, froides. Je traverse
le palais en long et en large, impressionné et émerveillé par les
jeux de niveau du sol, les cours immenses sans qu'elles soient
écrasantes, les jardins superbes, frais, les pavillons plus ou moins
farfelus, les vues sur les paysages alentours, et une étonnante
poétique autour de l'eau : partout, de petits bassins, des
rigoles saignant les grandes surfaces dallées, des gargouilles, des
dégueloirs le long des murs, de petites cascades taillées pour que
l'eau mousse et bruisse, ou plus simplement des traces d'écoulement.
Un appel à revenir pendant la mousson !






C'est chouette de retrouver tes récits de voyage. Bonnes découvertes et belles photos. Attention au soleil, aux effluves et aux miasmes ambiants.... Biz normandes.
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