vendredi 9 mai 2014

Il n'est possible d'aimer voyager en Inde que pour une personne prenant un certain plaisir à rester assis pendant de longues heures dans un bus, un train ou à attendre désespérément dans une gare ou un aéroport. Voulant me rendre à Calcutta depuis Agra en avion, ce trajet n'aura duré qu'une longue et éprouvante journée.
La journée commença mal, par le départ précipité de l'hôtel consécutif à une alarme inaudible. J'arrive à la gare une heure après le départ de mon train. Et trouver un autre train en Inde n'est pas une partie de plaisir : ils portent en effet des noms tel que Taj Express, Karnataka Express, avec la ville d'origine et la ville d'arrivée pour seules informations. On a ainsi seulement une vague idée de l'orientation du parcours et il est ainsi impossible à l'intérieur d'une gare de savoir quelles villes sont effectivement desservies. Quand à savoir à quelle heure le train nous amènera à destination...

Courant donc dans tous les sens avec mon sac, je demande donc à tout le monde quels trains vont à New Delhi station, si ce sont des express ou des tortillards, passant d'un quai à l'autre. Il faut de plus tenir compte des retards, assez extensifs. Finalement, une employée des chemins de fer indiens m'indique un train. Au moment d'y monter, heureusement, des gens m'arrêtent en me prévenant que ce train prend heures pour se rendre à New Delhi (à 200km). Ils me montrent un autre train, prêt à partir, qui serait un superfast train. Voilà qui tombe bien !

J'arrive à la gare de New Delhi une heure et demi avant le départ de mon avion. A partir de là, tout est plus facile. Je descends dans le métro de Delhi, bondé, pour accéder à un espèce d’Orly-val local, totalement vide et complètement neuf. Alors que quelques minutes auparavant, j'étais dans l'univers crasseux, moite, bruyant, grouillant des gares et trains indiens, me voilà désormais dans une station vaste, climatisée, brillante de ses marbres et verres, terriblement silencieuse. L'accueil est policé et efficace. Il y a même des panneaux d''information indiquant les prochains départs. Il n'y a pas d'escalier, que des escalators. Le train automatique (siemens, pour les connoisseurs) nous attend en bas, et part sans un bruit au son d'un doux avertissement. Tout est blanc, brillant, neuf, silencieux. Une voie annonce en anglais et hindi les stations, et donnent quelques conseils quand aux stations où il convient de descendre pour se rendre à tel ou tel endroit. Le train est à moitié vide, et personne ne parle.

L'aéroport de Delhi est lui aussi flambant neuf, et vraiment gigantesque. Il est vide. Comme tous les aéroports, il est blanc et gris, lisse, a des formes obliques et dynamique et est bordé de grandes façades de verre. On sait exactement où on doit aller. De la salle d'attente, on voit les avions, et il y a une moquette aux motifs vaguement indiens au sol. L'aéroport de Calcutta est lui aussi neuf et vide.

Pendant toute cette plongée dans ce monde moderne, j'ai l'impression étrange d'être déjà entrain de quitter l'Inde. Ici, pas de place pour l'adaptation ou l'interprétation. Le bricolage et la débrouille, principales activités indiennes, laissent ici la place à la planification et à la codification. L'inattendu au contrôlé. Les odeurs fortes, les couleurs, la poussière, les klaxons à un univers aseptisé.

La parenthèse fut heureusement brève. Dès la porte de l'aéroport de Calcutta franchit, la moiteur ambiante, le désordre des taxis, les voitures dans tous les sens me ramènent à l'Inde que je connais! Ouf !

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