Nouvelles chaussures pour un nouveau
voyage ! Un renouvellement de mes chapals s'imposait au vu de
l'état de l'ancienne paire. Ce fut l'objet d'une dernière
expédition épique dans la vieille ville : Un rickshaw de
l'ouest d'Ahmedabad m'amena tout d'abord un peu après la rivière.
Puis je fis le tour des chauffeurs de la vieille ville en leur
montrant mes vieilles chapals usées, sans forme, se trainant
lamentablement sur le sol, produisant un son las et fatigué. ''New,
new... Same, same'' ! Réponse du rickshaw driver : ''Come,
come'' ! Après un stand vendant des tongues en plastique à bas
coût, un magasin vendant les même en un peu plus dorées et
beaucoup plus chères, un chauffeur sympathique me trouve finalement
une petite échoppe dans un coin de rue qui vend ce que je recherche.
En les enfilant, je redécouvre le plaisir de porter une chaussure
entière, qui tient bien au pied, et non une épave. Ainsi bien
chaussé, me voilà prêt à repartir !
Je ne suis pas fâché de quitter
Ahmedabad. C'est une ville dans laquelle j'ai aimé la vie
quotidienne : l'université, le yoga, la bicyclette, manger dans
la rue, se balader de jour ou de nuit, habiter un bel appartement...
Ce sont les éléments d'une vie assez saine et paisible. J'apprécie
ce coté simple, un peu ascétique, mais c'est aussi un peu l'origine
de ma joie de partir : la vie ici manque d’événements,
d'inattendu, d'irrégulier. Après l’excitation de la découverte,
qui ne disparaît jamais complètement, viennent de longues périodes
qui ne sont pas de l'ennui, mais plus simplement des habitudes.
Evidemment, elles peuvent paraître un peu pales après les
impressions extrêmes que l'on a en arrivant.
Le voyage en Inde, ce serait l'opposé :
à part quelques longs trajets en train, il n'y a rien besoin de
réserver. Et encore, ceux-ci sont tellement peu chers et si
facilement remboursables qu'il est tentant d'en prendre plus que
nécessaire pour ne se fermer aucune options. Tout ce décide au jour
le jour, en ayant une vague idée de la direction générale du
voyage. Mais on sait jamais exactement quel sera le programme du
lendemain, où est ce que l'on va dormir, manger, ce qu'on aura le
temps de faire ou de ne pas faire, qui on va rencontrer. Il y a une
forme d'imprévisibilité, de relâchement aussi qui font que je me
sens plus accessible, ouvert, à l'écoute, moins passif à ce qui se
passe autour de moi.
Je quitte Ahmedabad en train AC2. Le
top du top ! La classe sleeper a beau être joyeuse et
stimulante, quand il fait 45°, l'appel de la climatisation est trop
fort. Le voyage est donc nettement moins drôle qu'à l'accoutumée.
Je redécouvre cependant avec plaisir qu'un train peut-être
silencieux, propre et doux. Il y a ici beaucoup de familles
complêtes, comme dans les autres classes, qui ressemblent ici à
celles qu'on voit dans les pubs : deux enfants (une fille et un
garçon) tout à fait mignons sans être trop sages. La mère
habillée simplement (on est loin des saris), mais tout de même
assez élégante et colorée, et qui a dans son sac à main des
lingettes et des snacks. Le père, plus sobre, un peu gris, mais avec
un gros portable et une grosse montre. La grand-mère porte toujours
un sari et a des bijoux un peu partout, et donne des douceurs aux
enfants. Le grand-père avec un non-style un peu équivalent à celui
du père, quoique plus ample et tendant plus au blanc qu'au gris.
Ici, pas de musique sur portable, pas de ''Tchai coffe tchai tchai
tchai coffee tchai tchai coffee'' ou ''Samossa, sameeusssa,
samosssa'' toutes les quinze secondes, pas d'enfant qui pleurent (ils
jouent sur le gros portable du papa). Enfin, personne ne m'a demandé
mon nom au cours des quinze heures de trajet. Tout au plus m'a t-on
proposé quelques dates. Même si j'ai apprécié cette indifférence
pendant le voyage, je suis après coup un peu vexé et déçu :
en classe sleeper, j'aurai sans doute partagé un repas avec une
famille, trois personnes seraient devenues mes amis sur facebook, et
j'aurai pu admirer le paysage. En AC, il y a en effet tellement de
condensation au fenêtre qu'on ne voit qu'un épais brouillard blanc
en lieu et place de la campagne indienne.
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